imgp1181_web  La région d’Angkor Wat ne devrait pas seulement être célèbre pour ses temples. Ses riches alentours comptent de très beaux projets collectifs ! Pour visiter cette RBA (Rice Bank Association), le rendez-vous avait été bien anticipé. Mettant à profit notre première rencontre (Mongolie) avec l’association AVSF (Agronomes et Vétérinaires Sans Frontières) nous avons demandé à être mis en contact avec l’agence Cambodgienne de l’association. Après quelques échanges d’emails et de coups de fils avec les équipes de Phnom Penh puis de Siem Reap, nous avons rendez-vous ce jour là à 8h devant la station service. Nous faisons connaissance de Socheat Chhuon, un jeune homme à la bonne humeur contagieuse. Lui travaille pour GVC une ONG italienne partenaire d’AVSF depuis 5 ans sur ces projets des banques de riz. Nous affrétons une moto-remorque pour parcourir les 20Km qui nous séparent du petit village hôte de la banque de riz.

Le paysage est à couper le souffle. Le nez au vent, nous traversons les rizières émeraudes ponctuées de hauts palmiers. Nous voici arrivés au « siège » de l’une des 22 RBA de la province de Siem Reap. L’interview sera improvisée sous l’une des maisons sur pilotis. Socheat Chhuon nous explique le travail d’AVSF et de GVC, l’échange est passionnant.  imgp1174_web

Chacune des banques de riz s’adresse à ses 50 à 100 membres, des familles précaires, en leur prêtant du riz. Une famille peut ainsi emprunter jusqu’à 300Kg de semences pour un cycle de récolte. A la fin de la récolte, la famille se doit de rendre la masse de riz empruntée majorée de quelques contributions (voir ci-après). L’excédent reste dans la cellule familiale qui en dispose à son grès. La gestion du grenier commun (dans lequel le riz est entreposé), les prêts et les retours de semences, ainsi que le fonctionnement de l’association en général (tenue des réunions, communication, etc.) sont assurés par un comité (président, secrétaire, trésorier et gardien des stocks). Elu pour 3 ans, ce comité n’est que l’un des organes de gestion puisque la banque de riz est aussi sous le contrôle d’un conseil de surveillance lui aussi choisi par les membres. Environ 6 réunions annuelles sont tenues avec l’ensemble des membres. Les frais de fonctionnement de l’association sont prélevés « en riz » (aucun transfert d’argent) sur les récoltes.

imgp1173_web  Dans certains villages, la banque de riz est allée plus loin en offrant des services d’épargne et de prêt d’argent. D’autres ont mis en place un fond social destiné à couvrir les coup durs (décès, catastrophe climatique, urgence…). La banque de riz que nous visitons est aussi dans cette logique. Après la gestion collective des semences riz, elle cherche à étendre les prérogatives de son comité de gestion avec un récent dispositif d’adduction en eau qui a été monté pour irriguer les champs. La route en terre a aussi été refaite grâce au fond collectif tenu par l’association. Petit à petit, au milieu de ce régime semi-dictatorial qui règne au Cambodge, la grande majorité des habitants se retrouvent unis au sein d’une association parfaitement démocratique qui régit de plus en plus les affaires du village.

Outre cette rencontre passionnante avec Socheat, nous rencontrons aussi le président du comité, avec qui nous échangeons via notre interprète. Les choses semblent si simples dans ce village où nous sommes accueillis les bras ouverts. Après la découverte du grenier, nous repartons heureux, une feuille de banane garnie de riz à la main.