Nous quittions donc la Mongolie le cœur serré et quelque peu inquiets à l’idée de revenir en Chine, que nous n’avions visiblement pas appréciée à sa juste valeur en 2008.

Le train entre Ulaanbaatar et la frontière chinoise (Erlian) était plutôt agréable et l’un de nos affables co-passagers a même pu nous arranger les choses avec un taxi pour rejoindre Beijing depuis Erlian. Aussitôt descendus, nous étions donc pris en charge pour un tarif ultra compétitif, loin des sollicitations multiples des rabatteurs locaux. 10 heures de bus après un train de nuit à traverser le désert chinois, c’est une sacrée expérience. Urbanistiquement parlant aussi. On n’a pas souvent la chance de découvrir des villes encore inhabitées qui sont prêtes à accueillir quelques millions de personnes d’ici quelques années. Des villes fantômes où les avenues sont déjà des deux fois quatre voies et où les immeubles font quelques 20 étages. Nous n’avons jamais visité Abu dhabi, mais nous avions l’impression d’avoir pris un vol sec pour cette destination. Le contraste était d’autant plus frappant après l’immensité des steppes mongoles.

 

Beijing : une capitale moderne au charme désuet

Tout est multiplié en Chine. L’homme est rappelé à son existence de fourmi et se sent pris dans une masse impalpable, impénétrable. L’arrivée sur Beijing par la route nous confirme cette impression. Les périphériques se succèdent, les lumières et les néons nous envoûtent et nous renvoient aux musiques de Lost in Translation. Fraîchement débarqués dans la capitale, nous sommes gentiment priés de descendre au milieu de nulle part en pleine nuit… Paumés et un peu déconnectés, nous n’avions pas compté sur l’extrême gentillesse des locaux, qui nous aident à héler un taxi et à expliquer notre route. Ben oui, un vendredi soir à Beijing, y’a plus de taxi, personne ne parle ou ne lit l’anglais, du coup, on a gardé précieusement ce petit couple qui était prêt à remettre son dîner aux chandelles pour nous aider. La frénésie s’estompe alors peu à peu pour nous laisser découvrir le cœur de Beijing : ses hutong, de vieilles ruelles traditionnelles (qui rappellent l’ambiance des films chinois et notamment d’In the Mood for Love) sont un havre de paix où circulent essentiellement vélos et cyclos électriques.

L’étape pékinoise n’aura pas la chance de nous offrir un quelconque projet, aussi sommes-nous clairement résolus à profiter des charmes touristiques de la grande ville et des alentours. Nous nous accordons ainsi une petite semaine de break. Plusieurs immanquables : la Cité Interdite et ses magnifiques palais ; la place Tiananmen, dominée par le portrait géant de Mao et par le plus grand musée du monde, le musée national de Chine ; les balades dans les parcs Beihai et sur l’île de Jade pour admirer l’un des rares monuments bouddhistes à Pékin ou encore le Parc du Temple du Ciel, où l’empereur venait prier pour attendre de meilleures moissons. Nous en profitons également pour faire un aller-retour sur la Grande Muraille de Chine et découvrir ce merveilleux monument. Les créneaux se fondent dans un paysage brumeux, si typique de ce pays mystérieux. La beauté de l’oeuvre est fascinante… et les foules se pressent surtout sur quelques mètres. Nous avons eu la chance d’arriver à l’envers et cela nous donne l’envie de revenir et d’aller faire des randos dans des coins plus abandonnés de la muraille…

La ville recèle de traces de l’histoire et de la puissance des dynasties Ming et Qing. La nouvelle architecture n’est pas en reste. Si nous n’avons pas pu visiter l’ensemble des bâtiments construits pour les JO de 2008, nous avons quand même pris le temps d’aller voir la tour que Rem Koolhaas a élaboré pour la CCTV ou le Grand théâtre national, qui allie titane et verre. Traditions et modernité se conjuguent plutôt bien dans cette immense ville. Un petit passage au Musée de la planification de la municipalité de Beijing nous permet d’ailleurs d’avoir une belle vue d’ensemble. Un musée fascinant de patriotisme et dépourvu de tout esprit critique, mais qui offre une très bonne vue sur les paris que la Chine s’est fixé en termes de réduction d’énergie.

Les hutong sont malmenées (on en comptait 6000 en 1950 pour 2000 aujourd’hui), mais des quartiers entiers résistent aux grues. Certains n’hésitent d’ailleurs pas à écrire cela sur les murs. La pratique de l’espace public a d’ailleurs été une réelle surprise de notre voyage chinois. Nous avions découvert les séances de taï chi et la pratique des agrès disséminés en ville pour tous les âges lors de notre séjour cantonnais, mais Beijing nous a offert de grands moments de spontanéité dans les espaces publics, tels qu’on en a rarement vu en Europe ! Imaginez-vous sur les Champs Elysées. Une musique très appréciée par la gente féminine. Une commence à danser. Accourent 50 autres filles de tous âges… et les voilà toutes en train de danser sur la même chorégraphie ! 3 minutes plus tard, chacune repartait à son shopping ! Fascinant ! Le soir, des contests de break-dance font bon voisinage avec des cours de danse folklorique ou de valse. Les âges et les styles se mélangent dans une harmonie singulière.

La visite de Beijing passe aussi par la découverte culinaire. Après les repas peu originaux de Mongolie, nous découvrons des assiettes aux mille couleurs, où les saveurs se mélangent. Aigre-doux, sucré-salé, chaud-froid sont autant de plaisirs pour les palais. L’étape obligée du canard laqué nous a littéralement enchantée et l’ensemble des mets que nous avons goûté nous a laissé un souvenir étonnant. Une réelle surprise néanmoins : dans la culture chinoise, il n’est pas correct de finir son assiette. A ce titre, les familles qui vont au restaurant commandent des quantités incroyables… qu’elles ne mangent qu’à moitié. Cela signifie que le repas était bon et qu’aucun des convives n’aura manqué!

La capitale nous offre également le loisir de rencontrer un jeune couple de chinois, qui souhaite partir s’installer au Québec. L’occasion pour nous de mieux découvrir de l’intérieur la société chinoise et pour eux de mieux approfondir leur pratique du français. Couchsurfing est décidément une bien belle opportunité de rencontres lorsque nous n’avons pas de projets ! Deux nuits dans un bloc tout neuf, à quelques dizaines de kilomètres de l’archi-centre. Un métro pas très loin et une envie démentielle d’apprendre à maîtriser la langue de Molière. A raison de 10h de cours par semaine depuis février, ils comprennent un peu notre projet et nous un peu mieux certaines aspirations de la jeunesse chinoise.

Nous quittons Beijing avec la ferme intention d’y revenir bientôt. La ville est belle, l’ambiance agréable, les gens sympathiques et tant de choses restent à y visiter ! Un dernier passage dans le métro ultra-moderne, pimpant et ultra-sécurisé (des portes comme à l’aéroport pour vérifier que nous ne transportions pas de bombe) et nous filons vers la gare pour embarquer pour Xian. Le mot est juste car les salles d’attente des gares sont semblables à celles des aéroports et nous ne pouvons aller sur les quais tant que la porte n’a pas été ouverte…