Kazan

En dépit de ses 1,2 Millions d’habitants, Kazan fait petite ville. Peu dense, la ville s’étale sur la Volga. Cette halte au cœur de la République du Tatarstan est étonnante par son peuple turcophone musulman. Les rues de la ville sont ponctuées de Döner Kebab et son Kremlin (littéralement ville fortifiée) abrite une mosquée, jouxtant une église orthodoxe. L’atmosphère est donc impressionnante de multiculturalisme. Même le métro s’est paré de costumes turcs, oubliant les grands lustres moscovites. Du reste, la ville est un grand chantier, qui se prépare à accueillir de nombreux événements à venir : les Jeux Olympiques étudiants, des matchs dans le cadre de la Coupe du monde de 2018 et toutes autres sortes de forums et autres conférences. Le chantier est permanent et si la vieille ville compte encore de jolies bâtisses épargnées, la nouvelle ville ressemblerait presque à Abu Dabi ! Une nuit sur place dans cette étrange République, et nous remontons dans un train de nuit qui nous mène cette fois jusqu’à Ekaterinbourg.

 

Ekaterinbourg (ou Iekaterinbourg)

Nous arrivons en toute fin d’après-midi dans cette grosse ville que nous ne connaissions que de nom, mais qui est une étape importante dans le cœur des derniers impérialistes. C’est en effet ici que furent tués le tsar Nicolas II et sa famille en 1918 par les bolcheviques. La ville a d’ailleurs longtemps porté le nom de Sverdlov, en hommage au bras droit de Lénine.

Nous sommes accueillis par un coupe de jeunes russes que nous avions contacté dans le cadre de couchsurfing (pour ceux qui ne connaissent pas, il s’agit d’un site internet qui permet aux touristes d’être hébergés gratuitement dans une ville par des locaux, soucieux de faire découvrir leur pays et leur culture). Superbe accueil, ils nous emmènent directement dans la maison parentale un peu en dehors de la ville. Chouettes discussions et bon BBQ géant, agrémenté de légumes du jardin et de bonnes rasades de vodka.

La ville en elle-même est, à peu de choses près, un modèle de la ville soviétique. Rues perpendiculaires, des blocs d’habitation d’une vingtaine d’étages coiffent littéralement des maisons en bois délabrées qui semblent abriter les plus pauvres. Ekaterinbourg, comme toutes les villes que nous avons croisées jusqu’ici, est en pleine folie de construction. Chaque rue a ses échafaudages, chaque quartier porte ses projets d’habitations nouvelles. Raisons économiques ou rationalisation fonctionnaliste, on constate avec étonnement les mêmes variations architecturales un peu grossières se répéter très exactement d’une série d’immeubles à l’autre.

Nous visitons le quartier des écrivains qui est composé des quelques rares maisons en bois qui ont survécu. Certaines, empreintes des lignes de l’art nouveau, sont particulièrement belles et leur état de délabrement est d’autant plus dommage. La ville possède quelques agréables promenades à faire en bord d’étang, mais n’est pas l’étape la plus touristique de notre séjour. Nous en profitons tout de même pour recroiser un couple de québécois-polonais rencontré à Moscou et pour manger des pierogi (délicieux chez Stolle!). Notre escale nous permet également de vraiment rentrer dans la culture russe. Nos hôtes nous emmènent passer une soirée au Friends Club. Belle découverte que ce rez de chaussée d’immeuble converti en bar sans alcool tenu par quelques jeunes. La particularité de l’endroit est de proposer des jeux de société, des jeux de rôle et des consoles de jeux. Les habitués s’y retrouvent volontiers pour partager des parties endiablées. En journée, le lieu accueille les enfants et les jeunes du voisinage à l’instar d’une garderie.

Nous quittons nos jeunes amis après une soirée pelmieni/mayonnaise (spécialité de Ekaterinbourg!) à écouter de la musique russe et nous partons encore un peu à l’Est, vers une des étapes que nous attendions tous deux beaucoup : le lac Baïkal.

 

Vivre en Transsibérien

L’étape Ekateribourg/Irkoutsk est notre plus longue traversée en transsibérien. L’occasion pour nous de vous en dire un peu plus sur ce plaisir difficilement traduisible qu’est la traversée en transsibérien. Le rythme s’efface devant l’immensité. Les heures deviennent des minutes pleines de quiétude, loin des files d’attente. On oublie peu à peu où nous sommes… même si les steppes nous le rappellent aisément. Le nomadisme a encore de l’avenir quand on savoure à nouveau le goût du temps qui passe. La nuit et le jour se confondent et l’on redécouvre son rythme biologique. Les couche-tard (peu nombreux) se réveillent à cause de quelques ronflements prononcés et s’échappent dans leur monde virtuel, fait de douces mélodies et de lentes paroles couchées sur papier. Les lève-tôt se couchent tôt et s’enivrent de cette facilité à s’endormir. Chacun mange à son heure, boit du thé (ou de la vodka) joue, lit. Un microcosme se recrée dans ces wagons platskart (wagons comportant une quarantaines de couchettes dans ces compartiments non fermés) si emblématiques de la Russie. Les locaux se changent pour dormir, tandis que nous essayons de trouver le rythme à travers les décalages horaires.

Nous quittons en effet Ekaterinbourg à 3h59 heure moscovite le 15 août… soit 5h59 heure locale. Les quelques chanceux qui ont pu expérimenter ces trains se souviendront de ce casse-tête russe : les billets de train, les horaires dans les gares, TOUT est uniquement à l’heure moscovite. Pourtant, cet immense pays est traversé par 7 fuseaux horaires et il est donc important d’avancer régulièrement sa montre afin de ne pas être pris au piège ! Entre désemparement et surprise, on découvre avec stupeur qu’à 20h il fait terriblement noir pour une nuit d’été… imparable puisque nous sommes à plus de 4h de décalage temporel. Quel étrange perception que celle-ci, dans ce train lancé à quelques dizaines de km/h… alors que nos autres réalités nous ont habitué à faire des milliers de kilomètres en quelques heures. Nous traversons des kilomètre de plaines au milieu de la Sibérie, pour finalement atteindre Irkoutsk le 17 août à 11h. Nous pourrions parler des heures de cette sensation de voyage si différente des traversées aériennes, si ancrée dans la réalité et le quotidien des gens. Une expérience en soi !