Arrivée à Kathmandu

Le Népal, Kathmandu, septembre s’achève et la mousson vide ses dernières gouttes au travers de la moiteur ambiante. La capitale est grouillante et, à première vue désorganisée. Un goût de l’Inde nous emplit, flashs de notre séjour 2 ans en arrière. Mais on ne s’y trompe pas. Après avoir franchi les premiers contreforts de l’Himalaya, l’avion à plongé sèchement dans la vallée de Kathmandu. Les yeux écarquillés, nous découvrons la capitale coincée à mi-chemin entre les plaines tropicales à quelques 60m d’altitude et les plus hautes montagnes du monde parées de leurs neiges éternelles. Le panorama est impressionnant.

Un goût de l’Inde donc. Voitures, vélos, bus, piétons, rickshaw, motos, scooters, poules et vaches s’ébattent joyeusement dans des rues étroites. Le tout dans un brouillard de poussière quasi-permanent et un concert de klaxons, sonnettes et sifflets assourdissant. Pas de trottoirs ou presque, tout le monde est là sur un pied d’égalité. Étonnement, le tout se passe relativement bien du moment que l’on observe la règle simple : priorité au plus gros. Pour traverser, il vous faut donc vous insérer dans le flux ambiant où, en tant que piéton, vous disposez du minimum de crédit protection corporelle. La seule exception à cette règle reste bien sûr la vache, animal sacré, intouchable au milieu de tous.

Le pays est touristique et les sollicitations / entourloupes sont nombreuses dès notre sortie de l’aéroport. Notre taxi se fraye bientôt un chemin vers le centre et nous dépose à notre guesthouse, petit havre de paix à distance du brouhaha, dans le quartier de Paknajol.

La première découverte du quartier Thamel, enclave touristique surchargée de magasins en tous genres et de vendeurs à la sauvette est fatigante. Au sud de Thamel, nous foulons maintenant le Durban Square, concentration sur une seule place d’innombrables temples, stupas et autres statues. Une manifestation politique ajoute encore à l’effervescence ambiante. Après l’abolition de la monarchie en 2008, clôturant une décennie de guerre civile, un premier ministre a été élu et porte la lourde tâche de redresser un pays aux infrastructures exsangues. Embouteillages monstres, coupures d’électricité, pompes à essence asséchées sont le quotidien. Le régime est plutôt critiqué par les différentes personnes que nous rencontrons. La corruption semble un mal qui entrave encore profondément le pays.

 

Miser sur les coopératives pour le développement économique

Malgré les prises de contact envoyées, la fédération nationale des coopératives ne nous a pas répondu. Ce matin, nous irons donc directement sur place pour essayer de trouver un interlocuteur. Aller directement sur place peut paraître simple au premier abord mais pas au Népal. Pour commencer, l’adressage ne se fait pas avec des numéros et des rues, comme nous pouvons en avoir l’habitude. Seul le quartier est indiqué et si vous êtes chanceux, un point de repère remarquable peut s’ajouter (ex : pas loin de la poste). Après avoir acheté un plan de ville et tenté multiples recherches sur Internet, nous n’identifions toujours pas où est la fédération. On peut aussi remercier tout le staff de notre guesthouse qui se sera mis en quatre pour nous aider. On ne baisse pas les bras et entrons dans la première coopérative (elles sont nombreuses au Népal) qui nous tombe sous la main. Banco, le directeur nous indique gentiment la direction à suivre et nous ressortons avec le papier écrit en népalais. Nous arrivons donc à l’improviste et sommes reçus comme des papes, au point même que nous nous demandons s’il n’y a pas quiproquo avec d’autres personnes qui auraient été attendues. Nous voici donc en salle de réunion, thé et biscuits, tout le staff vient à notre rencontre. 3 heures de bons échanges nous laissent rêveurs. Le Népal défend et promeut officiellement (le ministère des coopérative en atteste) les coopératives comme un tiers secteur économique entre le public et le privé. Beaucoup d’efforts et d’actions sont menées en faveur du développement de coopératives et le succès semble au rendez-vous puisque le petit pays en compte pas moins de 25 000. Nous avons rendez-vous le lendemain pour qu’une personne de la fédération nous accompagne visiter une coopérative d’épargne et de crédit à Baktapur. Cette visite sera des plus enrichissantes et constitue l’un des plus beaux exemples de projet collectif que nous ayons rencontrés depuis notre départ. Une banque coopérative qui réinvestit aussi dans des projets communautaires (école, projet de centre sociale, etc). Une démarche très intégrée qui dure depuis plus de 20 ans. Pour ne rien ôter, Baktapur est aussi au patrimoine mondial de l’Unesco et son Durban Square est encore plus beau que celui de Kathmandu, les touristes en moins ! Superbe visite envoûtante au coucher du soleil !

 

La vallée du Langtang

Notre passage au Népal ne pouvait pas se limiter aux coopératives ; nous avions aussi envie de nous faire plaisir en découvrant les joies des randos en haute altitude. Le choix n’a pas été facile tant l’offre est variée mais ça y est, demain nous partons pour la vallée du Langtang. Une randonnée de 5 jours nous y attend. Avant cela, pour accéder à Syabru Besi (1200m), le point de départ de la randonnée, il nous faut vivre le calvaire. 10 heures dans un bus local. On y rentrerait plus une poule tellement il est surchargé (le toit du bus est inclus dans l’espace disponible). Le tout se passe à flanc de colline sur des routes hasardeuses régulièrement emportées par des glissements de terrain. Entre falaise et à pics vertigineux, les genoux dans le menton et une bonne pop indienne à fond dans les oreilles, on avance. Cerise sur le gâteau de cette merveilleuse journée d’anniversaire pour Stéphanie, on changera deux fois de bus (décharger et recharger les 150 personnes et leurs bagages) car la route, par deux fois en cette fin de mousson, a été emportée et aucun véhicule ne peut plus passer. Lot de consolation : une bougie dans un pudding au chocolat et un mars !

 

Un salut au plus hautes montagnes du monde

Lever tôt pour profiter d’un démarrage aux heures encore fraîches, accompagnés par Yadav, notre guide, et délestés de tout ce que nous avons pu laisser dans l’auberge de Kathmandu, nous reprenons le rythme de la marche. Le chemin, relativement plat, serpente dans une végétation abondante de part et d’autre des eaux glacières qui s’écoulent en gros bouillons. Un repas en route dans l’une des nombreuses auberges qui ponctuent la route et après 6 heures de marche, nous sommes rendus à Lama Hotel (2200m), un petit groupe de guesthouse en bois à flanc de montagne. Notre régime alimentaire ne changera pas beaucoup durant tout le trek, du Dal Bath (version népalaise du Thali, un plateau avec du Dal, du riz, des pickels et un nan) ou des momos (chaussons à la vapeur ou frits aux légumes, à la viande ou même au Snickers pour le petit déj’!) à tous les repas ! La deuxième journée grimpe autant, 1200m de dénivelés positifs et 6 heures de marche nous amènent à Langtang Village. A 3400m d’altitude, la végétation vient seulement de se raréfier un peu, presque plus d’arbres et des herbes drues. Nous arrivons vers 15h et cela nous laisse le temps d’aller rencontrer la coopérative du village. Un beau projet de plus dans notre escarcelle. Cette coopérative composée de tous les villageois fournit l’hydroélectricité à tout le village et fabrique également du pain et du fromage de lait de Yak (toutes les informations sur ce projet seront, bien entendu disponibles dans un article à venir). Nous dégustons un thé et une part de apple pie avec le responsable de la coopérative avant d’aller nous installer dans notre hôtel. Vue imprenable sur la vallée mais sommeil difficile en raison de l’altitude.

Le troisième jour sera intense. Le programme fixé est un lever aux première lueurs de l’aube (5h30) pour grimper à Kyangin Gompa, le fond de la vallée à 3900m, avant d’attaquer le Kyangin Ri. Après 2 heures au milieu des yaks et littéralement dominés par des sommets incroyables (dont le Langtang I et ses 7220m) nous faisons une courte pause à Kyangin Gompa. Les nuages du matin se sont dissipés avec le soleil. La vue est à couper le souffle. A ce propos, les premières foulées vers le sommet nous font sentir que nous sommes bien hauts. Chaque pas devient pénible, le souffle est court. Nous atteignons les nombreux drapeaux à prière bouddhiste qui marquent les 4330m du Kyangin Ri vers 10h. Des nuages montent de la vallée et nous coiffent en passant à toute allure. Kyangin Gompa est maintenant une petite fourmilière à nos pieds tandis que les neiges éternelles des Himalayas nous dominent. Notre petitesse au milieu de cette immensité verticale et vertigineuse donne le tournis. De là où nous sommes, une arrête qui semble à la portée d’un débutant peut nous amener au second sommet à 4770m. Nous sommes attirés autant par le défi que par la beauté des lieux. Nous reprenons donc la marche après une bonne pause. Mais la montagne nous rappelle vite à elle. Accentué encore par l’altitude croissante, par les à pics vertigineux et par les nuages qui s’enroulent à toute vitesse autour de nous, nous commençons sérieusement à perdre notre équilibre et notre souffle. Le sommet semble pourtant à un jet de pierre, le GPS indique 4700m, la prudence s’impose, nous faisons demi-tour. Après une bonne heure de descente rapide, nous sommes de retour à Kyangin Gompa. Un bon mal de crâne qui passera vite et un bon Dal Bath pour reprendre des forces, nous sommes tout étourdis de ce que nous venons de vivre. Il restera encore 2 heures de marche pour retourner à Langtang où nous avons laissé nos sacs. Grosse journée !!

Notre guide, apparemment confiant en nos capacités physiques, nous propose de gagner une journée sur le retour. 2200mètres de dénivelé à descendre en une seule journée (le lendemain de cette grosse journée de montée)… ça nous arrange bien de gagner une journée car notre programme à Kathmandu s’annonce chargé en visites à notre retour…mais la proposition sera dure à honorer ! Près de 9 heures de marche en mode robot (un pied devant l’autre…), les douleurs se noient dans la fatigue ou l’inverse. On arrive enfin à Syabru Besi, quelques poignées de minutes avant que les dernières lueurs du jour ne disparaissent. La bonne surprise, c’est que notre guide nous dégote quelques places pas chères dans un 4×4 qui devait repartir à vide le lendemain…ouf on ne se refait pas l’épisode du bus atroce !!

 

Retour sur terre

Rejoindre la capitale après ce périple dans un autre monde est très étrange. Thamel nous hérisse toujours autant, même si nous y trouvons quelques souvenirs issus de coopératives (de tissage de yak ou d’objets en papier mâché travaillés par des femmes issues de villages reculés). Nous découvrons quelques autres recoins de cette capitale envoûtante. Outre le joli Garden of Dreams, qui nous replonge dans la douceur des espaces verts, loin du tumulte de Kathmandu, nous arpentons les temples de Bodnath et de Swayambhunath  : Bodnath et son ambiance tibétaine, dont la grande stupa blanche nous toise de son regard infini si connu… Swayambhunath et ses singes, sa grande stupa blanche et sa vue sur la ville nous offre un dernier point de vue sur cette capitale attachante. Ces deux temples possèdent une atmosphère de quiétude incomparable. Il règne d’ailleurs dans les temples népalais un certain syncrétisme, que l’on ne retrouve nulle part ailleurs. Le mélange entre bouddhisme et hindouisme est omniprésent et constitue sans doute l’un des points essentiels de l’identité népalaise.

Ce retour à Kathmandu nous offre également l’occasion de faire notre premier échange en direct avec les jeunes collégiens de Lens. Plein de questions en vrac qui donneront lieu par la suite à un petit film pour leur répondre. Après un passage sur Allo la Planète, nous sommes allés découvrir un dernier projet, aux bordures de la ville. La fondation Kevin Rohan Memorial vise à insérer les populations locales en difficultés en leur permettant de s’investir dans un projet de ferme écologique. Le projet est un projet pilote qui attire des volontaires du monde entier. Agriculture écologique, habitat salubre à moindre cout, formations à la prise de pouvoir et à l’auto-suffisance, construction d’écoles ou de dispensaire. Nous n’y passons malheureusement qu’un début de soirée, dans une ambiance fascinante avec des voyageurs indiens partis autour du monde en Royal Enfield.

Deux semaines s’écoulent déjà dans ce pays qui nous aura marqué par ses extrêmes (climatiques, économiques, géologiques, géographiques). Une réflexion nous a également beaucoup travaillé : la place du tourisme dans l’économie est prépondérante et déséquilibre profondément les relations entre les locaux. Les chiffres sont éloquents : le tourisme génère près de 335 millions de dollars chaque année et les dépenses de chaque touriste permettraient à 10 ou 11 népalais de vivre une année. Face à cette relation de dépendance, les chantiers sont nombreux: les routes sont inexistantes, le taux d’alphabétisation parmi les plus bas au monde et l’accès aux soins difficile (notre trousse de médocs aura servi plus d’une fois à apaiser des maux des locaux). Bref, le Népal a besoin de trouver un nouveau modèle économique et la place laissée aux coopératives pourra être un facteur intéressant à suivre. Nous espérons suivre cela de près et rester en contact avec ces acteurs et ces projets que nous avons rencontrés.

Une autre étape s’offre à nous, pas moins chargée en projets : l’Inde. Départ en bus pour Delhi le 6 octobre… suite au prochain épisode !