De Saint Petersbourg à Moscou

Russie

Après cette étape estonienne amicale et pleine d’effervescence, nous avons donc filé le 3 août dans la nuit vers la Russie. Première étape, qui n’était pas prévue au programme : Saint-Pétersbourg… car après tout, le visa coûte cher et on avait aussi envie de voir cette ville dont tout le monde parle ! Un départ en bus pour atteindre la Russie… nous quittions donc l’Europe et l’espace Schengen par la route. Notre bus a donc du s’arrêter et nous, descendre avec l’ensemble de nos sacs, remplir des papiers, passer par plusieurs machines et enfin avoir notre tampon magique. Mission accomplie, mais au prix de quelques heures prises sur notre sommeil !

Saint-Pétersbourg

Nous avions essayé sans succès de nous faire loger par différents réseaux (Erko, Couchsurfing). Nous voici donc au petit déj, dans l’une des cantines de la gare où le bus nous à déposé, à chercher un lieu où dormir. Comme dans les pays baltes et la Pologne, le WIFI est gratuit dans la plupart des lieux publics en Russie et notamment dans toutes les gares ! Mais la simplicité s’arrêtait là ! Nous avons attendu 2h devant la porte de l’hôtel car personne n’était encore arrivé… les quelques touristes qui étaient là ne souhaitaient pas nous ouvrir malgré nos nombreux coups répétés dans la porte. Nous attendions donc l’arrivée providentielle de la petite dame pour enfin poser nos sacs et prendre une douche salvatrice ! Son arrivée toute en rondeurs et en sourires nous a sauvés et nous pouvions enfin partir découvrir cette capitale culturelle russe.

L’architecture XVIII / XIXème est pimpante et dénote une réelle richesse. La ville est belle, marquée par des accents profondément européens. Les canaux et les avenues quelque peu haussmanniennes rappellent Paris. La cathédrale du Sauveur-sur-le-Sang est magnifique et la forteresse Pierre et Paul donne une vue splendide sur la ville. Malheureusement, nous n’avions pas un guide fantastique pour approfondir l’histoire de la ville et nous devons avouer que la ville nous est parue quelque peu trop jeune pour vraiment nous l’approprier. Saint-Pétersbourg n’a en effet que 300 ans et les traces moyenâgeuses manquent fort à notre goût d’amoureux de vieilles pierres, mais la ville regorge de recoins qu’on a envie d’explorer, notamment sous la neige. Le charme des villes est-européennes s’y ressent et l’on a vraiment envie de traverser parcs et avenues couverts de ce manteau blanc. Nous avons arpenté la ville sous le soleil, malgré notre fatigue pour mieux profiter des sites extérieurs et notamment d’une magnifique vue sur la Neva. Dommage que la perspective Nevski (qui est si bien décrite chez Gogol) est surtout une artère bruyante dont les quelques 5 kilomètres sont terriblement encombrés de véhicules pressés et stressants. Toutefois, en s’éloignant un peu de cette avenue mythique, le bruit des pneus et des klaxons s’atténue pour laisser la place à quelques magnifiques canaux.

Nous avons profité de la ville pendant 3 jours, sans manquer de plonger une demi-journée dans les méandres du Musée de l’Ermitage. Les collections sont splendides, mais la médiation reste à créer ! Seuls quelques audio-guides (dont les prix varient du simple au double, tout comme l’entrée entre citoyens russes et non-russes) sont proposés et aucune information n’est donnée en une autre langue que le russe… notamment dans les étages les plus passionnants (et pourtant les moins visités!) qui sont consacrés aux cultures sibériennes !

Ces quelques jours d’été nous ont également permis de croiser deux projets potentiellement intéressants. Le premier est un lieu culturel, Pouchkinskaya 10 recensé sur ArtFactories ou IETM, mais son aspect abandonné, sans réelle revendication ni création ne nous a pas réellement séduit. Le second, en revanche, nous a permis de croire que de chouettes projets pouvaient émerger en Russie. LOFT Project Etagi est un projet créatif sur plus de 3000 m2 qui rassemble une auberge de jeunesse (qu’on a malheureusement trouvé au moment de partir ou presque), des ateliers d’artistes, de designers, un bar, des galeries et un tout nouvel espace de co-working nouvellement ouvert. Nous avons traîné dans lieu quelques heures, histoire de le comprendre. Un adolescent créateur de start-up nous a permis de pénétrer le lieu, jalousement gardé par une hôtesse d’accueil dont le sourire n’avait d’égal que sa sympathie. Une réminiscence du système, où comme dans les ascenseurs, il faut savoir où tu vas, pourquoi et qui tu vas voir… Bref, ce lieu nous a fait plaisir et mérite vraiment le détour !

Après ces quelques jours, nous avons filé sur Moscou en train de nuit. Première étape dans le Transsibérien… et arrivée le matin sur Moscou, destination la coloc de Jerem !

 

Moscou

Ce trajet de Saint Petersbourg à Moscou fût notre première expérience des trains russes. Un train de nuit comme la Russie en compte par centaines tous les jours. Le pays est tellement grand, ce mode de déplacement est bien ancré dans les mœurs. Votre responsable de wagon (la provodnitsa…oui dans 99,9 % des cas c’est une femme) vous laisse accéder à l’intérieur après avoir dûment contrôlé votre billet et passeport. Les draps arrivent et après une nuit, somme toute interrompue de secousses et de grincements, vous arrivez à destination. N’oubliez pas d’aller vous servir un thé dans le samovar (cet appareil qui vous délivre à toute heure de l’eau chaude).

Jérémy nous attend dans la capitale Russe. En stage pour 6 mois, ce bénévole de notre association nous héberge dans sa colocation. Très pratique pour nous !

Nous prenons nos habits de touristes pour découvrir les grands classiques : la place rouge, le Goum ou « magasin universel d’Etat » du XIXe siècle aujourd’hui habité par les grandes marques internationales, le mausolée de Lénine où le corps de ce dernier repose momifié pour la postérité, le Kremlin, la cathédrale Basile le bienheureux…La première impression est aussi étrange qu’un néo-anachronisme. Une ribambelle de sosies de Lénine et de Staline à l’affût d’une photo rémunérée avec vous entrent en concurrence avec des Mickey, des Winny l’Ourson ou autre personnage sorti des studios américains.

Il serait présomptueux de faire des vérités générales sur une capitale de 11,5 Millions d’habitants après seulement quelques jours de visites mais voici quelques impressions.

La capitale russe ne laisse que peu de place au piéton, aucune au vélo. La voiture est omniprésente, et à moins de bénéficier de l’un des infinis embouteillages, les traversées des 2×3 voies sont des moments de concentration peu propices à la flânerie.

Nous y étions préparés mais la confrontation reste saisissante. La vie moscovite est chère, très chère au regard du niveau de service ou de la qualité proposés (immobilier, alimentation et restauration notamment). Gare, poste, restaurants, de longues attentes, rester concentré au risque de perdre sa place dans ce qui devient assez vite une masse plus qu’une file d’attente, réunir tous ses rudiments de russe pour demander comprendre ou lire. Contrairement à Saint Petersbourg, peu d’efforts sont faits pour aider ceux qui ne manient pas l’alphabet cyrillique.

Nous essayons d’aller au delà de ce premier contact assez peu amène pour creuser l’Histoire avec, entres autres, le magnifique intérieur du Kremlin. N’ayant pas pu identifier d’initiative collective, nous allons aussi à la découverte de lieux de créativité qui semblent offrir une prise de recul sur l’évolution moscovite. L’institut Strelka avec son bar éponyme est l’un d’eux. Son modèle reste assez étonnant : prenez la terrasse et les prix de la Tour d’Argent à Paris et faites en sorte que le bar que vous y installez finance un institut de réflexion sur le développement urbanistico-social de votre ville…Néanmoins, les résultats sont assez intéressants avec un cycle de conférences sur, par exemple, la place du vélo dans les déplacements urbains organisé par un collectif de hackers urbains. De manière générale, ce collectif était la belle surprise de Moscou, malheureusement le nombre d’ateliers (auxquels nous ne pouvions décemment pas participer en russe!) ne nous a pas permis de rencontrer ces Partizans avec lesquels nous sommes encore en contact. Leur action et leur courage permettent de construire une réflexion constructive sur la ville. Créé il y a peu, nous suivrons avec plaisir l’avancée de leurs projets !

Notre séjour moscovite a aussi eu le plaisir être agrémenté de nos retrouvailles avec Luminita, autre bénévole de notre association qui était dans la capitale russe pour un mois de cours de langue.

Après 5 jours dans l’effervescence de cette ville, nous prenons notre train de nuit direction Kazan, capitale du Tatarstan, république de la fédération de Russie. Nouvelle étape… dans deux trains séparés, car il n’y avait plus de places ! Et oui, nous n’avons géré nos billets qu’en arrivant en Russie… Notre option était moins chère, certes, mais tous les trains n’étaient plus disponibles !

De Kazan à Irkoutsk

Russie

Kazan

En dépit de ses 1,2 Millions d’habitants, Kazan fait petite ville. Peu dense, la ville s’étale sur la Volga. Cette halte au cœur de la République du Tatarstan est étonnante par son peuple turcophone musulman. Les rues de la ville sont ponctuées de Döner Kebab et son Kremlin (littéralement ville fortifiée) abrite une mosquée, jouxtant une église orthodoxe. L’atmosphère est donc impressionnante de multiculturalisme. Même le métro s’est paré de costumes turcs, oubliant les grands lustres moscovites. Du reste, la ville est un grand chantier, qui se prépare à accueillir de nombreux événements à venir : les Jeux Olympiques étudiants, des matchs dans le cadre de la Coupe du monde de 2018 et toutes autres sortes de forums et autres conférences. Le chantier est permanent et si la vieille ville compte encore de jolies bâtisses épargnées, la nouvelle ville ressemblerait presque à Abu Dabi ! Une nuit sur place dans cette étrange République, et nous remontons dans un train de nuit qui nous mène cette fois jusqu’à Ekaterinbourg.

 

Ekaterinbourg (ou Iekaterinbourg)

Nous arrivons en toute fin d’après-midi dans cette grosse ville que nous ne connaissions que de nom, mais qui est une étape importante dans le cœur des derniers impérialistes. C’est en effet ici que furent tués le tsar Nicolas II et sa famille en 1918 par les bolcheviques. La ville a d’ailleurs longtemps porté le nom de Sverdlov, en hommage au bras droit de Lénine.

Nous sommes accueillis par un coupe de jeunes russes que nous avions contacté dans le cadre de couchsurfing (pour ceux qui ne connaissent pas, il s’agit d’un site internet qui permet aux touristes d’être hébergés gratuitement dans une ville par des locaux, soucieux de faire découvrir leur pays et leur culture). Superbe accueil, ils nous emmènent directement dans la maison parentale un peu en dehors de la ville. Chouettes discussions et bon BBQ géant, agrémenté de légumes du jardin et de bonnes rasades de vodka.

La ville en elle-même est, à peu de choses près, un modèle de la ville soviétique. Rues perpendiculaires, des blocs d’habitation d’une vingtaine d’étages coiffent littéralement des maisons en bois délabrées qui semblent abriter les plus pauvres. Ekaterinbourg, comme toutes les villes que nous avons croisées jusqu’ici, est en pleine folie de construction. Chaque rue a ses échafaudages, chaque quartier porte ses projets d’habitations nouvelles. Raisons économiques ou rationalisation fonctionnaliste, on constate avec étonnement les mêmes variations architecturales un peu grossières se répéter très exactement d’une série d’immeubles à l’autre.

Nous visitons le quartier des écrivains qui est composé des quelques rares maisons en bois qui ont survécu. Certaines, empreintes des lignes de l’art nouveau, sont particulièrement belles et leur état de délabrement est d’autant plus dommage. La ville possède quelques agréables promenades à faire en bord d’étang, mais n’est pas l’étape la plus touristique de notre séjour. Nous en profitons tout de même pour recroiser un couple de québécois-polonais rencontré à Moscou et pour manger des pierogi (délicieux chez Stolle!). Notre escale nous permet également de vraiment rentrer dans la culture russe. Nos hôtes nous emmènent passer une soirée au Friends Club. Belle découverte que ce rez de chaussée d’immeuble converti en bar sans alcool tenu par quelques jeunes. La particularité de l’endroit est de proposer des jeux de société, des jeux de rôle et des consoles de jeux. Les habitués s’y retrouvent volontiers pour partager des parties endiablées. En journée, le lieu accueille les enfants et les jeunes du voisinage à l’instar d’une garderie.

Nous quittons nos jeunes amis après une soirée pelmieni/mayonnaise (spécialité de Ekaterinbourg!) à écouter de la musique russe et nous partons encore un peu à l’Est, vers une des étapes que nous attendions tous deux beaucoup : le lac Baïkal.

 

Vivre en Transsibérien

L’étape Ekateribourg/Irkoutsk est notre plus longue traversée en transsibérien. L’occasion pour nous de vous en dire un peu plus sur ce plaisir difficilement traduisible qu’est la traversée en transsibérien. Le rythme s’efface devant l’immensité. Les heures deviennent des minutes pleines de quiétude, loin des files d’attente. On oublie peu à peu où nous sommes… même si les steppes nous le rappellent aisément. Le nomadisme a encore de l’avenir quand on savoure à nouveau le goût du temps qui passe. La nuit et le jour se confondent et l’on redécouvre son rythme biologique. Les couche-tard (peu nombreux) se réveillent à cause de quelques ronflements prononcés et s’échappent dans leur monde virtuel, fait de douces mélodies et de lentes paroles couchées sur papier. Les lève-tôt se couchent tôt et s’enivrent de cette facilité à s’endormir. Chacun mange à son heure, boit du thé (ou de la vodka) joue, lit. Un microcosme se recrée dans ces wagons platskart (wagons comportant une quarantaines de couchettes dans ces compartiments non fermés) si emblématiques de la Russie. Les locaux se changent pour dormir, tandis que nous essayons de trouver le rythme à travers les décalages horaires.

Nous quittons en effet Ekaterinbourg à 3h59 heure moscovite le 15 août… soit 5h59 heure locale. Les quelques chanceux qui ont pu expérimenter ces trains se souviendront de ce casse-tête russe : les billets de train, les horaires dans les gares, TOUT est uniquement à l’heure moscovite. Pourtant, cet immense pays est traversé par 7 fuseaux horaires et il est donc important d’avancer régulièrement sa montre afin de ne pas être pris au piège ! Entre désemparement et surprise, on découvre avec stupeur qu’à 20h il fait terriblement noir pour une nuit d’été… imparable puisque nous sommes à plus de 4h de décalage temporel. Quel étrange perception que celle-ci, dans ce train lancé à quelques dizaines de km/h… alors que nos autres réalités nous ont habitué à faire des milliers de kilomètres en quelques heures. Nous traversons des kilomètre de plaines au milieu de la Sibérie, pour finalement atteindre Irkoutsk le 17 août à 11h. Nous pourrions parler des heures de cette sensation de voyage si différente des traversées aériennes, si ancrée dans la réalité et le quotidien des gens. Une expérience en soi !

Autour du grand Baïkal et conclusion

Russie

Irkoutsk, Listvianka et le grand lac Baïkal

Irkoutsk est à Moscou +5h. 3400 kilomètres parcourus depuis Ekaterinbourg. Nous rêvons d’une douche… et l’auberge réservée n’a finalement plus de lit pour nous. Nous atterrissons chez Galina, où notre allemand nous sert une fois de plus ! Une nouvelle odeur, de nouvelles fringues et nous partons à l’assaut de cette charmante ville de 600 000 habitants et de ses maisons en bois, qui tentent de résister aux bulldozers. L’accueil y est différent, la ville est très tournée vers le tourisme et son 350ème anniversaire en 2011 ont largement bénéficié à de nouveaux aménagements. Traversée par l’Angara, la ville n’est qu’à 70 kilomètres du Baïkal. Le Great Baïkal Trail a d’ailleurs son siège ici. Malheureusement, le mois d’août ne se prête guère aux rencontres et nous ne parvenons pas à discuter avec les fondateurs de ce chemin de randonnée, qui court tout autour du lac. Nous décidons néanmoins de tester par nous-mêmes les sentiers !

Direction Listvianka. L’étape touristique habituelle sur le lac est plutôt l’île d’Olkhon, mais la longueur du trajet et les hordes de touristes ne nous séduisaient pas autant que la perspective d’une petite randonnée le long du lac. Une heure trente pour atteindre cette petite bourgade en bord du Baïkal. La lumière est frappante, le climat rude, le lac merveilleux. Nous atterrissons dans une jolie auberge de jeunesse toute en bois et soucieuse du respect de l’environnement. Perdue dans la nature, nous sommes comme des Robinson, ravis de retrouver leurs nuits étoilées. La météo est très variable le long du lac. Nous partons donc en bateau pour le hameau de Bolchie Koty, ancienne bourgade de la ruée vers l’or sibérien, désormais abandonnée. Nous faisons le chemin retour (20 km) à pied, contre pluies, vents et belles éclaircies. Le marquage manque de précisions, mais la vue est magnifique. La nature est brute et l’homme peu présent dans ce climat hostile. Le lac abrite 80 % d’espèces endémiques, dont un que nous cherchons encore : le nerpa (phoque d’eau douce) qui n’a résolument pas voulu montrer le bout de son museau ! Résolus à revenir marcher dans le coin, nous repartons sur Irkoutsk pour prendre le train. Ce merveilleux trajet, qui longe le lac, nous emmène à Oulan Oude, capitale de la Bouriatie.

 

Oulan Oude et Turka

Peut-être cette ville ne résonnait pas plus dans vos mémoires que dans la nôtre. Pourtant, Oulan-Oude est une charmante cité de 400 000 habitants, qui annonce déjà l’entrée dans un nouveau continent : L’Asie. La Russie est une mosaïque exceptionnelle de peuples et de minorités et possède en effet une République bouddhiste. Oulan-Oude n’a pas seulement ce privilège, elle accueille également la plus grosse tête de Lénine au monde  (un bronze impressionnant de 7,7m de haut)!

La ville est divisée entre l’ancienne cité marchande et la nouvelle ville soviétique. Le mélange architectural est étonnant : des yourtes se mêlent aux temples bouddhistes, sur fond de grandes barres soviétiques. Visiter un temple bouddhiste écrit en cyrillique est une expérience inoubliable. Bref, nous sommes à un carrefour étonnant entre Russie, Mongolie et Asie. L’accueil est beaucoup plus souriant et les gens plus prévenants.

Avant d’entrer dans un autre univers, nous partons sur Turka, voir une dernière fois ce majestueux lac Baïkal. Départ improvisé en transports locaux et nous atterrissons dans un no man’s land étonnant, qui ne correspond pas vraiment au village de pêcheurs qu’on nous avait vendu. Mais, nous revoyons le lac (sans parvenir à s’y baigner, décidément trop froid!), dégustons du omul (délicieux poisson du lac) et faisons des rencontres improbables avec les locaux, curieux de discuter avec nous. Retour en stop avec une gente dame, avec qui nous parvenons à discuter un peu en russe… et qui nous apprend que Turka deviendra bientôt un important site touristique, prêt à accueillir plusieurs millions de visiteurs sur l’été. La vallée de la Bargouzine, toute proche et considérée comme la côte la plus sauvage du lac, risque vite de sombrer dans un tourisme de masse. Avis aux amateurs, profitez-en vite !

Après plusieurs semaines dans ce pays continent, à essayer de comprendre ses paradoxes et à tenter de percer l’âme russe, nous quittons la Russie sans avoir pu rencontrer de projet collectif. A bord du bus qui nous mène vers la Mongolie, nous franchissons une nouvelle fois une frontière improbable, sur-protégée, sur-équipée… Nous prenons alors le temps de dresser quelques constats sur ce pays bien étrange, qui nous laisse une impression ambiguë.

 

S’il fallait une conclusion…

La Russie était une étape attendue sur notre parcours. Déterminant commun de ces Est que nous avons, pour bonne partie, parcourus. Nous avons vu évoluer la plupart de ces anciens satellites depuis la chute de l’URSS. Vers le bloc Européen ou vers la Russie de Poutine, les transitions sont parfois difficiles.

Quelle est donc aujourd’hui cette fédération de Russie ? Pour mieux l’appréhender, nous avons pris avec nous quelques rudiments de la langue de Dostoïesvki.

Grandeur…

Pas de meilleur moyen que le Transsibérien pour se rendre compte de l’immensité du territoire Russe. 9282Km de Moscou à Vladivostok, 7 fuseaux horaires, 6 jours continus de train.

Grandeur aussi par la richesse des cultures et la diversité des ethnies fédérées par ce pays. Entre les russes orthodoxes de l’Oural, les tatars musulmans vers Kazan et les Bouriates aux traits asiatiques chamanistes ou bouddhistes, tous parlent russe et tous affichent leur patriotisme pour un même drapeau.

Grandeur des projets entrepris. Moscou résonne du matin au soir au son des marteaux piqueurs. A Kazan, les chantiers continuent à la nuit tombée. Le pays entier donne l’impression d’être entré dans une mue complète, les routes, les voies de chemin de fer, les bâtiments sont en pleine réfection et les nouveaux projets sont légions.

Grandeur à l’image des métros de Moscou ou de Saint Petersbourg dont les stations d’une propreté immaculée n’ont pour la plupart rien à envier à quelques palais princiers. Fresques, éclairages, dorures, mosaïques à chaque arrêt réinventées. A la gloire des travailleurs, des héros, de leurs femmes ou d’autres éminences de l’ancien régime.

Parcourir l’immense perspective Nevski de l’ancienne Leningrad, avaler les plaines sibériennes infinies et regarder le petit trait parcouru sur la carte, voir le ballet incessant des limousines déverser son lot de jeunes mariés pour une photo convenue dans un spot touristique, s’effrayer devant le nombre de voitures de sport et autres 4×4 ostentatoires qui défilent dans les rues…la Russie d’aujourd’hui donne le tournis. Nous n’en avons pourtant parcouru qu’une petite, qu’une infime partie.

Oui mais voilà, le brillant du verni n’est pas bien épais.

…et décadence

Le régime communiste et ses privations (de libertés, de biens de consommation courante, d’expression, d’ouverture vers l’extérieur) a laissé une trace indélébile. « Dans notre pays, nous avons tellement appris à contrôler nos émotions qu’on arrive plus à être étonné ou effrayé par une tragédie vieille de cinquante ans, aussi atroce soit-elle » disait un journaliste russe à propos de l’extermination des révoltés dans les goulags de Norilsk en 1953. Ces traces sont aussi profondes et visibles que les nids de poules dans les routes. Les années communistes ayant lamentablement échoué, il ne restait semble-t-il qu’à verser dans un modèle individualo-capitaliste. Coopérative est un gros mot, le non lucratif une bizarrerie et l’initiative individuelle. Inutile de vous dire que nos recherches d’Utopies Réalistes en Russie ont majoritairement été confrontées à une incompréhension profonde.

Nous avions déjà pu aboutir à cette triste conclusion à propos de la Roumanie, elle nous semble entièrement valable pour la Russie : « ce que la folie des grandeurs des dirigeants communistes n’avait pas réussi à faire, le capitalisme débridé est en train d’y parvenir ». Ceausescu, dans l’idéal fonctionnaliste communiste, a détruit 1/3 de Bucarest, le capitalisme parvient aujourd’hui à détruire les dernières pépites architecturales du « petit Paris ». Alors que les dernières maisons en bois à Irkoutsk sont en train de péricliter, phagocytées par 10 étages de bétons mauvaise facture, Turka, petit hameau de 2000 âmes perdu sur les bords du lac Baikal, construit un projet touristique démesuré visant à accueillir 2 millions de personnes à l’année. Amusant lorsque l’on croise les ruines de ce qui fût un hameau de vacance communiste sur les bords d’un lac voisin…

La Russie semble être en plein milieu de ses 30 glorieuses. Les gisements de pétrole sont légions, l’énergie quasi gratuite (un litre d’ essence coûte 50 centimes d’Euros), la conscience environnementale inexistante. Laisser couler l’eau chaude à plein flots pour faire fondre plus vite les glaçons laissés dans l’évier, laisser le moteur de la voiture tourner pendant des heures pour maintenir la température climatisée à votre retour, cela ne choque pas grand monde dans le pays de Poutine.

A l’image de notre conclusion, la Russie nous est donc apparue rude…mais ces constats ne sont que nos impressions et attendent vos réactions.