De notre dernière étape, il n’était pas si évident de rejoindre Tallinn. Nous avons donc pris un bus à KLAIPEDA, la 3ème ville de Lituanie, que nous avons largement visitée puisque le bus partait à 3h40.
Tallinn. Une jolie capitale, tout au Nord de l’Europe. Tallinn, 450 000 habitants et une folle énergie. Tallinn, où nous n’avions jamais mis les pieds et où nous avions tant de gens à voir qu’on avait l’impression d’y avoir toujours vécu !

Une capitale énergique au patrimoine renversant

Erko (que j’avais rencontré en Roumanie) est venu nous chercher à la gare routière pour nous emmener nous installer dans son utopie, qui était un des projets que nous voulions absolument visiter en Europe : UUS MAAILM (le Nouveau Monde), un projet collectif de quartier. Les sacs posés, nous sommes partis à la conquête de cette jolie ville médiévale, classée elle aussi par l’UNESCO au patrimoine mondial. De loin, notre préférée des trois capitales baltes. L’architecture du XVème siècle est bien intégrée et de nouveaux quartiers réhabilités dans d’anciens docks apparaissent. Bien que bordée par la mer Baltique, Tallinn semble éloignée de la mer. Selon les explications de notre hôte, le siècle d’occupation soviétique a joué un rôle majeur dans cette relation maritime. En effet, la Finlande n’est qu’à quelques kilomètres et l’accès maritime était bien évidemment fermé lorsque l’Estonie était sous le joug de l’URSS. Ceci est d’autant plus étonnant que la ville semblait largement tournée vers son rivage précédemment, en témoigne les anciens docks encore visibles. Plusieurs projets ont été envisagés pour développer un nouveau centre sur la façade maritime, mais les choses changent lentement et bien peu d’infrastructures y ont été développées. Cela est d’autant plus dommage que cette ambition figurait au programme de Tallinn, Capitale européenne de la Culture 2011.

La proximité d’Helsinki influence profondément le pays. Certains la considèrent d’ailleurs plus nordique que balte. Cela se traduit également dans les prix. L’Estonie est chère au regard du niveau de vie local. L’Euro (entré en vigueur le 1er janvier 2011, au cas où vous aussi vous aviez oublié!) n’a fait qu’accentuer cette tendance. L’exemple le plus criant est certainement le prix des transports en commun. Les infrastructures sont peu nombreuses : quelques bus et trams circulent à des fréquences moyennes ; mais le billet unitaire est à 1,60 € si vous prenez votre ticket à bord ! Chère et tendance. Les bars chic, les voitures dernier cri et les endroits design sont nombreux et attirent la jeunesse dorée… enfin, nous n’en avons eu qu’un bref aperçu avec Henri, un estonien que nous avions connu en Azerbaïdjan ! Notre vie était plutôt rythmée sur celle d’Uus Maailm.

Uus Maailm : un Nouveau monde de possibles

Nous avons donc passé quelques jours parmi la joyeuse troupe de ce collectif un peu hors normes, mais où nous avions tous nos repères. Uus Maailm est une longue histoire, à laquelle nous consacrerons plusieurs pages au plus vite. Le collectif s’est constitué en 2006 pour donner une nouvelle vie au quartier du Nouveau Monde, Uus Maailm. Les prémisses du projet de quartier son en effet nées d’une volonté farouche de redonner la ville et ses espaces aux piétons et de diminuer l’utilisation d’automobiles. Initié par un couple d’activistes cyclistes, le collectif s’est rapidement développé dans le quartier, qui souhaitait donner de la vie à cette partie de la ville, quelque peu oubliée des pouvoirs publics. Très vite, les voisins se sont regroupés pour créer un premier événement d’ampleur: un festival début septembre qui rende la rue aux piétons.

Très vite une nouvelle étape a suivi et une maison partagée est apparue dans le quartier. Connue des routards pour son accueil et pour ses fêtes, la maison d’Uus Maailm était devenue un lieu de quartier privilégié, impulsé par des habitants pour d’autres résidents. Plusieurs événements culturels d’ampleur y ont vu le jour et des avancées sur le quartier ont également pu naître, telles que la mise en place d’une signalétique, mais aussi l’installation de jeux pour enfants devant cette maison. Une douzaine de personnes vivaient ensemble dans cette location partagée, en permanence ouverte aux gens de passage et aux locaux, soucieux de recréer un lieu de quartier. Malgré plusieurs tentatives de rachat auprès du propriétaire et plusieurs actions pour bénéficier d’un soutien financier facilitant l’acquisition, le collectif n’est pas parvenu à racheter la maison.

Le projet aurait pu tomber à l’eau et se terminer sur cette note amère… où après des années de valorisation de la maison, de travaux intérieurs, de création de lien social, nos protagonistes devaient dire adieu à leur lieu de quartier. C’était sans compter sur l’abnégation de certains. En parallèle de cet habitat partagé, le collectif (formalisé sous forme associative) a ouvert une bibliothèque-café partagé au sein de la Maison du Syndicat des Ecrivains Estoniens (qui jouxte la maison précédente) et un jardin partagé. Plus petit, le lieu n’est pas en capacité d’accueillir autant de gens que précédemment mais les événements fédérateurs se tiennent toujours : le festival d’arts de rue se tiendra début septembre… et plusieurs tractations avec la mairie ont lieu pour récupérer un autre lieu dans le quartier. Des soirées football sont organisées chaque semaine. Et le côté festif est bien présent : la jeunesse bohème aime se retrouver pour des soirées débridées, auxquelles nous avons participé avec Catherine et Christophe que nous retrouvions pour mieux partager ces quelques moments inoubliables ! Rares sont en effet les instants où l’on croise plusieurs personnes à moitié nues sorties d’un sauna et qui enfourchent un vélo pour aller acheter des bières au magasin d’à côté ! Et que dire quand en plus des musiciens inconnus débarquent pour venir faire vivre une soirée improbable ! Et ce collectif a donné de l’idée à plusieurs autres habitants dans d’autres quartiers. D’autres lieux alternatifs, gérés par les locaux, émergent déjà.

Bref, Tallinn nous a laissé l’envie de revenir… et d’aller mieux découvrir ces autres groupes. Évidemment, en dehors de la capitale, nous espérons très vite aller arpenter les parcs nationaux que nos amis (Catherine et Christophe) allaient visiter. Un petit pays plein d’imagination, qui donne définitivement envie de croire qu’un autre monde est possible.

L’étape prochaine nous attend: un bus de nuit pour Saint-Pétersbourg!!