La Thaïlande : entre industrie massive et nonchalance maladive

Thailande

 

Après deux semaines fantastiques dans ce pays au bout du monde, nous avons quitté le Laos par le Mékong pour atteindre le royaume du Siam. Une dernière Bier Lao avec nos acolytes franco-québécois rencontrés dans la jungle et nous nous frottons déjà aux affres du tourisme thaï, fait de malentendus et de mauvaises combines. La traversée ne dure que quelques minutes, mais nous avons dû attendre des heures avant d’embarquer, du fait du « package » que nous avions pris. Atteignant Chiang Khong, nous rejoignons finalement Chiang Maï, où nous arrivons en début de soirée après des heures de trajets. L’arrivée dans cette ville, qui avait un certain charme voici dix ans, nous effraie par le monde consumériste qui nous attend. Alcool, sexe et arrogance… trois termes parfaitement adaptés aux comportements des touristes occidentaux débarqués dans ce monde nonchalant et prêt à oublier ses traditions pour mieux accueillir ses dollars. Nous cherchons une auberge tous les quatre, mais nos chemins se séparent. Nous atterrissons dans une petite chambre des plus coquettes, au fond d’un jardin, dans une ruelle encore un peu oubliée.

Les jours qui suivent nous offrent l’occasion de gérer l’administratif et de tester l’envoi d’un dernier colis avant notre retour. Pas d’excursion à dos d’éléphant ou de cours de cuisine, les tarifs sont déjà très élevés et les touristes trop nombreux. Les visites de temples se succèdent et nous offrent l’occasion de converser avec un jeune moine bouddhiste, converti à l’ère des masses. Engagé à suivre les centaines de commandements propres à la vie monacale, ce jeune homme dans la vingtaine rêve de visiter les Etats-Unis pour ses excès… sans avoir plus d’idée du pourquoi. Sans doute pour son rêve de liberté qui habite encore des générations de jeunes sacrifiés par les obligations, les traditions et les privations. Nous profitons également de cette escale pour découvrir un projet extrêmement intéressant sur le développement urbain durable. Centre de recherches, de sensibilisation aux énergies renouvelables et d’éducation à l’environnement, cet espace CUSC (Creative Urban Solutions Center) est un véritable lieu ressources ouvert à tous. Travaillant également sur la mémoire de l’habitat traditionnel, il offre plusieurs opportunités pour mieux s’engager dans la compréhension de sa ville et la défense d’une société plus équilibrée. Seul hic : personne ne parle anglais. Difficile donc de converser avec les chargés de projets qui travaillent ici. Nous repartons bien déçus car l’initiative méritait vraiment un focus.

Un petit tuk-tuk en bambou dans les mains, nous quittons les lieux avant de filer doucement vers Sukhotaï, l’ancienne capitale du royaume. Départ en fin d’après-midi pour arriver au début de la nuit dans la nouvelle ville, où nous atterrissons chez un propriétaire peu aimable mais qui se révèle une agréable adresse. Réveil matinal pour flâner dans les temples de la vieille ville, confortablement installés sur nos fidèles destriers loués là. Chemin faisant, nous sympathisons avec une bretonne qui nous fait la visite le guide Vert à la main (bien plus poussé que les guides habituels, qui nous ont finalement beaucoup déçus). Moins grandioses que les temples khmers, dont ils sont contemporains et dont ils ont provoqué la chute, ces temples nous permettent néanmoins de replonger dans l’histoire, de contempler des prang et de confronter les styles des bouddhas. L’atmosphère est tranquille et invite à la contemplation. Une journée bien remplie qui se termine avec un départ surprise. Après avoir arpenté les lieux, nous quittons notre étape plus vite que prévu pour sauter dans un train de nuit destination Ayutthaya. Cette autre capitale thaïe avait supplanté Sukhotaï à l’époque. Visiter les deux villes est un must pour les amoureux de vieilles pierres… surtout pour mieux comprendre les influences khmers dans l’architecture et la culture thaïe. Une deuxième journée à arpenter les temples à vélo, sans jamais se lasser, en prenant le temps de comparer les nez et oreilles des bouddhas ou les influences hindoues et en espérant bientôt découvrir la Birmanie pour mieux saisir l’ensemble des mouvements artistiques de l’époque. Bref, un délice de finir ce périple dans un tel remue-méninges culturel et historique.

A la frénésie culturelle succède la frénésie consommatrice. Nous arrivons à Bangkok avec un joli petit train qui nous montre directement cette facette moins connue de la Thaïlande, celle d’une société de plus en plus clivée, où les plus pauvres survivent dans des habitats de fortune, en bords de rails, au milieu d’égouts à ciel ouvert. Bangkok est grande, fascinante, effrayante à certains égards également. Nous avions anticipé notre arrivée depuis quelque temps car débarquer un 23 décembre dans la capitale d’Asie du Sud-Est aurait pu être quelque peu anxiogène. Nous avions donc réservé une petite auberge dans un quartier moins touristique (Thamet) que l’affreuse Kao San Road, temple de la débauche à toute heure. Nous posons nos sacs pour mieux découvrir le grand marché du dimanche, le Chatuchak Market. INCROYABLE. Une impression de braderie lilloise qui se reproduit chaque week-end sur des hectares de stands. Des fringues à prix imbattables, des souvenirs, des bibelots et des glaces à la noix de coco à des prix dérisoires, qui font temporairement oublier les 38 degrés à l’ombre ! Un bon plan parmi d’autres découverts à la lecture de la carte de Nancy Chandler’s, une expatriée anglaise qui connaît la ville et le pays comme sa poche et qui donne des infos pratiques et savoureuses pour les routards lassés des guides conventionnels. Bangkok nous offre aussi l’occasion de visiter notre dernier projet dans le cadre de ces six mois de recherche-action : Hubba, un espace de coworking tout récemment installé sur la capitale. Un bel espace fraîchement rénové, une rencontre très sympathique avec des gens motivés et une envie de réseauter autour du coworking, tout en faisant évoluer l’espace de travail en un lieu de vie collaboratif. A revenir voir très vite !

Le 24 décembre nous offre l’occasion de nous déguiser en père noël sur les klongs (les petits canaux) de la Venise asiatique, dont le sol s’est enfoncé de deux mètres en 10 ans. La question écologique est donc centrale en Thaïlande et notre séjour qui suivra sur les îles accentue notre analyse sur le sujet. La question énergétique est centrale dans le pays et les crues submergent régulièrement les célèbres statues d’Ayutthaya. La Thaïlande est fragile et souhaite mieux avertir la population des risques qu’ils encourent. Mais les moyens ne sont pas encore suffisants. Cette visite nous permet de découvrir les conséquences des inondations de 2011 et de constater l’impuissance dans laquelle se trouvent des milliers de locaux. Malgré ces tristes considérations, la journée passe vite et nous décidons de nous offrir un bon restaurant japonais pour célébrer le réveillon de cette fête si lointaine des habitudes locales. Découvrant un nouveau quartier de la ville (Sukhumvit), nous nous régalons de quelques sushis délicieux. Notre cadeau de Noël sera une découverte de quelques autres temples et mystères dans la ville… surtout vue d’en haut depuis la merveilleuse tour Baiyoké, où nous restons des heures durant à faire des photos ! Bangkok recèle de mille et une ambiances où toute l’Asie se mélange. Un détour par le quartier chinois et une dosa dégustée dans le quartier indien nous ramènent quelques mois en arrière, histoire de mieux revivre ces expériences déjà loin derrière nous.

Après cette dernière escale entre tourisme et projets, nous filons nous poser quelques jours sur une île dans la mer d’Andaman : Koh Lanta (rien à voir avec celle de l’émission de TF1). L’arrivée ne s’est pas faite sans peine. A dire vrai, en 6 mois de voyages, c’est sans doute la plus mauvaise organisation que nous ayons connue. Une vraie mafia touristique. Nous changeons de bus 5 fois pour un seul et même trajet. De vraies têtes de bétail équipées de petits post-it et de badges de couleurs pour distinguer les moutons des vaches… arrêtés dans des stops au milieu de nulle part pour être obligés de prendre un petit déjeuner. Bref, après des heures de transports de nuit et de jour, nous arrivons enfin dans l’hôtel que nous avions réservé depuis un mois… et ils ne nous avaient pas dans leur liste ! (après ils ont reconnu avoir confondu les résas de décembre et janvier). Bref, hormis ces quelques péripéties du début, nous passons là six jours de repos délicieux, alternant rédactions, bains de mer et bains de soleil. Un réveillon du jour de l’an entourés de français et de danois, nous commençons l’année en gagnant une excursion dans les îles alentours. Réveil ultra matinal le 1er janvier 2013 pour prendre un rafiot de plus (voir Vietnam) et filer sur les flots dévastés par les vents et les pluies des deux jours précédents. Le snorkelling est génial, la sortie très agréable… mais le petit bateau tangue et ne résiste pas vraiment à la mer bien formée qui n’hésite pas à passer par dessus bord. On arrive finalement sains et saufs sur la plage après un retour vraiment long, mais des souvenirs de poissons (némos, poissons léopards ou les plus beaux, les poissons perroquets) pleins la tête.

L’année commence et nous quittons notre dernière escale. Nous n’avons pas eu assez de temps pour identifier et visiter beaucoup de projets dans ce pays devenu un paradis touristique. En dix ans, le pays s’est transformé, ouvert à une masse omniprésente de touristes venus goûter aux atouts d’un pays gâté par la nature. Les écarts se sont creusés et ne cesseront sans doute de s’agrandir dans un pays qui hésite sur le modèle politique qu’il souhaite conserver. La monarchie est de plus en plus décriée et la propagande omniprésente, plus que dans la plupart des dictatures que nous avons croisées. Entre tradition et tourisme de masse, deux pays s’opposent et malgré tout, les thaïs font semblant de vivre en cohésion, comme pour mieux accueillir ces touristes qui représente une manne énorme de devises pour l’économie locale. Un capitalisme galopant s’est installé profondément dans ce pays coincé entre plusieurs pays communistes, entraînant avec lui une certaine perte de repères et son lot de problèmes de santé (bon nombre d’enfants semblent avoir grandi et grossi de 3 générations par rapport à leurs parents). Ces dérèglements s’accompagnent pourtant d’une tolérance immense, presque insupportable, à l’égard des occidentaux venus profiter des jouissances qui leur sont offertes. Prostitution, tenues inadaptées à la discrétion asiatique, excès d’alcool ou de drogues rendent le contraste saisissant lorsqu’ils croisent des moines bouddhistes ou quelques encens brûlants à l’entrée d’une maison.

Bref, nous quittons la Thaïlande avec l’envie d’y revenir pour découvrir le nord-est (Isan) et replonger dans les mystères de Bangkok, cette ville tentaculaire… mais nous la quittons étrangers à ce mouvement qu’elle a choisi de prendre. En quittant Koh Lanta, nous nous dirigeons donc vers Kuala Lumpur, d’où nous partirons le lendemain pour rejoindre notre France natale. Une longue journée et une autre nuit de bus nous attendent. Encore un calvaire avec encore cinq changements de bus. Nous arrivons à bon port, en plein milieu de la nuit à Kuala Lumpur. Quelques heures à découvrir la capitale malaise, son multiculturalisme, son influence anglaise et ses tours jumelles puis nous filons doucement vers ce vol retour qui nous ramène à l’hexagone, continuer à chercher et à trouver d’autres utopies réalistes. Un retour dans un univers individuel qui, parfois, vante le collectif, mais ne sait plus faire société. Un retour dans cette « lazy » société, celle où les droits sont devenus plus importants que les devoirs. Un atterrissage en douceur pour éviter de replonger, la tête dans le guidon, dans ce monde nihiliste et admettre qu’au-delà de toute cette tristesse, un autre monde possible est déjà en émergence. Un monde où les utopies sont bien réalistes, mais où en parler fait peur, pour la simple raison qu’il est plus facile de critiquer, attaquer ou détruire que valoriser, défendre ou protéger. Mais notre utopie ne fait que commencer et nous espérons la partager avec vous tous et faire valoir que des expériences de vivre ensemble et de faire ensemble existent et qu’elles n’ont besoin que d’un peu de lumière pour mieux essaimer.

Le projet ne fait finalement que commencer !

Le pays au million d’éléphants et aux millions de sourires

Laos

 

Après deux semaines bien remplies et pleines de projets passionnants au Cambodge, il est temps de nous diriger vers le plus petit des quatre pays de l’Asie du Sud-est : le Laos. Le plus petit, le moins peuplé (à peine 6 millions d’habitants!), le plus pauvre (si l’on croit encore au Produit Intérieur Brut comme indicateur probant), mais aussi le plus vert, le plus loin des sentiers battus et le plus méconnu.

4000 îles pour mieux flâner

Partis de Kratie pour les 4000 îles (Si Phan Done), nous faisons escale à la frontière. L’attente est longue, mais nous discutons avec de nombreux backpackers européens (français, polonais, allemands). Les passeports sont partis avec notre organisateur de transports et la bagatelle de quelques euros habituels de taxes de corruption (la fameuse « stamp tax », celle qu’on paie pour que le type payé à mettre des tampons puisse tamponner notre passeport). Cette fois-ci, la taxe ne s’est pas limitée à cela : la douane récupère aussi la pochette du passeport de Sylvain, souvenir du Baïkal. Négociations, explications, discussions… rien n’y fait, personne ne l’a vue, personne ne sait où elle est. Notre bus en a profité pour partir sans nous. Un mini-van arrive et nous voilà partis en transport personnel. Encore 1h30 de route au milieu d’une campagne dépeuplée et nous atteignons Ban Nakasang. Nous embarquons à bord d’une pirogue qui nous emmène sur Don Khône, une île toute en douceur, perdue dans le Mékong. Nous hésitions à enchaîner deux étapes que nous pensions similaires sur ce grand fleuve… mais c’était sans compter sur les différences que le tumultueux cours (chutes d’eau notamment) pouvait proposer. Posés pendant 3 jours dans ce havre de paix, nous avons repris nos bonnes habitudes de cyclistes, arpentant des paysages somptueux, où les aigrettes aiment prendre leur temps à dos de buffle, perdus dans les rizières. Comme nous avions déjà rencontré les dauphins d’eau douce (les Irrawady, espèce menacée), nous avons surtout profité de cette escale pour prendre notre temps et récupérer un peu de retard dans l’écriture. Plongés dans un nouveau pays, nous goûtons aux spécialités locales (salade de papaye verte ou green curry, un peu comme en Thaïlande), tout en nous empreignant des vestiges de la culture française : un vieux pont de chemin de fer, quelques anciennes maisons coloniales, le tout dans une délicieuse nonchalance.

 

Paksé et les Bolovènes

Nous quittons notre bungalow pour rejoindre un bus local, genre remorque de camion, ouvert aux poussières et aux odeurs, ce qui évite de supporter celles des voisins… notamment la délicieuse odeur du Jackfruit, le fruit à épines si spécifique de région et face auquel un vieux Maroilles de plusieurs semaines passe pour un enfant de choeur. Cet étrange transport nous mène donc vers une des grandes villes du pays, Paksé. 80 000 habitants et un superbe terrain de jeux à proximité : le plateau des Bolovènes. Une nuit pour trouver une moto et un bon resto indien et nous voilà repartis le lendemain, à la recherche des coopératives de café sur ce fameux plateau, à 1200 mètres d’altitude. Premier arrêt pour goûter l’un des arômes robusta du coin chez un des administrateurs de la coopérative. Communication difficile, entrecoupée de quelques chiffres en français (réminiscence des acquis à l’école), mais nous parvenons à comprendre quelques bases (nombre de familles impliquées, récoltes, prix de revient). Quelques haltes nous permettent de découvrir les chutes de Tad Fan, les plantations de caféiers, de thé, les rizières, les cultures maraîchères qui s’étendent à perte de vue et offrent une des plus grandes richesses du pays. Partis à la recherche de la coopérative JCFC qui est sensée produire pour le compte des plus grandes marques du commerce équitable, nous découvrons que celle-ci est fermée depuis quelque temps. Bien que nous l’ayons repérée sur les sites d’Artisans du Monde, de Lobodis Café ou d’Alter Eco (où certes les produits exportés ne sont plus précisés, mais où les références perdurent) ou que le Lonely Planet y eut fait référence, une des rares personnes qui connaissait encore la coopérative nous a confirmé que celle-ci avait fermé. Nous repartons déçus, mais pas au bout de nos surprises. Après plusieurs arrêts, nous découvrons un petit magasin où un parfait francophone d’une soixante d’années nous accueille. Nous parlons alors d’une autre coopérative, l’AGPC (Association de Groupements des Producteurs de Café), que nous aurons le loisir de creuser pendant les jours suivants. Après plusieurs kilomètres de bitume, nous trouvons notre nouvelle maison d’une nuit, un superbe bungalow qui domine la rivière. Confortablement installés dans notre hamac, nous contemplons les chutes d’eau de Tad Lo, avant de repartir à l’assaut de ce merveilleux plateau, où nous aurions aimé nous attarder. De retour à Paksé, nous tentons le tout pour le tout et trouvons le siège de l’AGPC où nous accueille Yannick, chargé de projet en lien avec l’AFD, et quelques laotiens. Une discussion à bâtons rompus, où nous apprenons énormément sur le monde du café et sur cette richesse cotée en bourse et génératrice de tant de revenus pour ce petit pays. Le temps passe trop vite en compagnie de ce compatriote très sympathique et nous devons quitter la ville ce soir en train de nuit pour rejoindre Vientiane, la capitale. Juste le temps de prendre quelques paquets de café avant de filer poser la moto. Pas le temps donc d’aller donner un cours d’anglais aux moines bouddhistes du temple de la ville, comme nous aurions aimé le faire… il faudra revenir !

 

Vientiane, la capitale de la douceur de vivre

L’arrivée dans la capitale est en contraste complet avec le rythme de vie local. Déboulés à Vientiane de notre bus tunning (à faire pâlir les ch’nordistes), nous atterrissons dans un petit hôtel où nous avons à peine le temps de prendre une douche. Un petit déjeuner (français avec des croissants et tout et tout) plus tard et nous filons, dans nos plus beaux habits, au rendez-vous calé la veille à l’Ambassade de France. Le soutien français à la société civile locale est en effet intéressant et repose sur un appel à projets annuel, permettant de faire émerger des projets innovants. La loi sur les associations dans le pays date seulement de 2010 et plusieurs changements impactent considérablement l’émergence de ce tiers secteur. A ce titre, nous avions repéré un projet que nous voulions particulièrement visiter : un embryon de maison des associations. Après avoir rencontré Delphine Auzanneau de l’Ambassade, nous filons à quelques kilomètres de là pour découvrir ce lieu ressources, la Learning House for Development. Nous sommes accueillis par deux membres de la structure, mais Khamouanne, le coordonnateur, n’est malheureusement pas là pour nous donner toutes les informations. Le projet est encore à ses débuts, mais les objectifs sont clairs et ambitieux. Plusieurs structures sont là et une réelle effervescence se fait ressentir.

Les deux jours suivants, nous en profitons pour prendre le rythme laotien. Outre la visite des monuments principaux (les temples – notamment le Wat Sisaket- , l’arc de triomphe lao – Patuxai), nous cherchons quelques musées, en vain. A la place, nous arpentons les rues au charme provincial, tout en découvrant les gastronomies locales et étrangères, ainsi que l’artisanat dans les nombreuses boutiques de commerce équitable. Vientiane est calme, verte et les locaux, les touristes et les expatriés installés de longue date (et donc bilingues) vivent dans une belle harmonie.

 

Luang Prabang

Nous quittons doucement cette capitale pour filer vers Luang Prabang. Un beau bus de nuit rutilant nous attend pour nous emmener vers cette ville que tous les guides décrivent comme la perle de l’Asie du Sud-Est. Les présentations dithyrambiques ne manquaient en effet pas pour cette ville dont nous tombons immédiatement sous le charme. Entourée de collines et de forêts, à 600 mètres d’altitude, cette ville classée au Patrimoine mondial de l’Unesco depuis 1995 offre de multiples occasions de séjours. Le patrimoine colonial est bien préservé, le paysage alentour est une invitation au voyage pour tous les amoureux de nature (randos, activités de plein air, visite des grottes de Pak Ou), les temples sont les plus beaux et les plus variés du pays dans cette ancienne capitale du royaume (jusqu’en 1563, puis à nouveau au 17ème siècle) et marquent encore profondément la vie des locaux. La vue depuis le Mont Phousi est superbe et permet de constater combien la ville jouit d’une position privilégiée, entre le Mékong et la rivière Nam Kane, vivante et languissante à la fois. Le pouls de la ville vibre surtout le matin, très tôt. L’occasion de visiter un marché ou d’assister au reras (ou Tak Bat), un rituel d’aumône des bonzes bouddhistes, qui est quotidiennement observé, dans une lumière encore voilée, mêlant les oranges safrans. La place laissée aux traditions est encore forte dans la ville, en atteste une maison musée par ci ou une initiative par là. Nous découvrons en effet un musée-maison de thé-boutique fair trade qui implique la population dans des activités valorisant les savoir-faire ancestraux laotiens. Les minorités sont également très nombreuses dans cette région et ce lieu ressources vise à mieux faire connaître les habitudes vestimentaires, culturelles ou religieuses aux locaux et aux touristes. La participation des plus jeunes et leurs ressentis offre une facette supplémentaire à cette ville, qui nous enivre encore et pour longtemps. A cela s’ajoute un moment à part que Stéphanie a pu s’offrir : un cours de métier à tisser ou comment mieux comprendre la soie, pour mieux la travailler. Le tout auprès d’une association (Ock Pop Tok), dont les bénéfices permettent de reverser une partie aux communautés villageoises et de développer un centre de formation sophistiqué.

Bref, Luang Prabang est une étape incontournable et nous avons hâte d’y retourner, profiter de son ambiance unique, de son charme suranné, où le temps semble comme suspendu. Et où même un petit garçon de 5 ans, tout heureux de partager ses premiers mots de français, nous interpelle pour dire « Bonjour Madame ».

 

Contre-exemple en pleine jungle

Après le luxe, le calme et la volupté de Luang Prabang, nous filons découvrir un projet d’écotourisme que nous avions repéré depuis quelque temps, dans le nord du pays, à Luang Nam Tha, financé par l’UNESCO et valorisé comme une bonne pratique d’écotourisme communautaire. Nous préférons partir de nuit pour arriver au plus tôt et rencontrer les porteurs de projet. Mais nous ne pensions pas arriver si tôt. Un souvenir vivant de notre arrivée à Sarajevo voici 7 ans… ou comment être débarqués d’un bus en plein milieu de nul part au beau milieu de la nuit. Donc, coup de chance, nous montons dans un taxi collectif pour rejoindre le ‘centre’ de cette bourgade. Pas âme qui vive et il faut avouer que sonner aux portes des auberges dans cette atmosphère avait tout du cocasse. Heureusement, les investissements chinois imposent un service 24h/24 et nous avons donc pu aisément réveiller un couple tranquillement endormi sous sa moustiquaire dans un hôtel pour négocier (ne jamais perdre les bons réflexes) une chambre à moitié prix vu qu’on y passait la moitié de la nuit. Le lendemain, nous plions bagage pour une chambre moins chère.

Le cocasse a continué longuement cette journée-là. Nous n’avons jamais trouvé la maison du projet dans ce village pourtant ridiculement petit, mais avons fini par identifier une femme qui disait travailler pour le maître d’oeuvre, Nam Ha Ecoguide Service, mis en place par les bailleurs et qui devait servir d’office de tourisme provincial. Financé jusque dans les années 2005, le projet a été visiblement dévoyé de ce qu’il devait être. L’office de tourisme local n’existe plus et plus aucune coordination n’est effectuée sur le développement local. D’une vision coopérative, les locaux sont directement entrés dans une logique de concurrence. Le village ainsi est traversé par une route jonchées des agences de voyage ayant « récupéré » le business juteux de l’écotourisme. Intrigués par l’affaire et curieux de préparer au mieux notre trek dans le coin, nous en interrogeons plusieurs. Le consensus semble s’être fait sur une répartition géographique du Parc national entre l’ensemble des voyagistes. Les tours vendus ne sont jamais tout à fait les mêmes car aucun ne traverse la même zone, mais les packages proposent tous une visite dans les villages et/ou dans la jungle. Chaque voyagiste prépare une liste quotidienne des gens intéressés. Plus il y a d’inscrits, plus bas est le prix. Mais les touristes s’inscrivent dans toutes les agences et aucune coordination n’est exercée. Bilan : plusieurs tours ne peuvent pas se tenir car certains touristes engagés chez un voyagiste finissent par signer chez un autre car ils y ont trouvé un groupe plus grand ou plus sympathique. Le projet est donc loin de ses objectifs initiaux et la jeune femme croisée, qui refusait de nous donner des informations a largement corroboré l’idée que le Nam Ha Ecoguide Services avait finalement transmis tout son savoir-faire aux entreprises privées. Un parfait exemple d’un projet avorté, malgré les deniers dépensés, qui n’impliquait pas suffisamment la population locale.

Malgré tous ces rebondissements, nous finissons par partir pour 3j/ 2 nuits avec un groupe de 5 autres personnes (un couple franco-québécois, un couple d’allemands et un américain) faire un trek au milieu de la jungle. Jungle, plantations de caoutchouc installées de force par les Chinois ou panorama superbe sur les collines environnantes, nous aurons trois jours pour profiter largement du paysage et des merveilles de la nature. Le démarrage a été difficile car aucun guide local ne souhaitait partir avec notre groupe. Précision : ces guides locaux sont une caution morale pour l’ensemble des voyagistes, réminiscence du projet implémenté avec l’UNESCO, et sont toujours largement valorisés dans les propositions de treks. Une manière de reverser une partie des bénéfices aux locaux. Bref, après 3h d’attente (le temps laotien est un concept très étendu), nous filons découvrir cette expérience qui s’avéra unique et pleine de bons souvenirs. Une vie d’ermites, accompagnés par des locaux dotés de savoirs ancestraux sur les plantes et leur environnement. Cerise sur le gâteau, nous finissons notre trek par une fête dans un village où les célébrations du nouvel an Hmong bâtent leur plein. Les Hmong sont une des minorités les plus représentées en Asie du Sud-est (Thailande, Laos, Chine). Ils sont connus pour leurs traditions animistes et leurs costumes colorés. Dans une lumière rayonnante, nous savourons ces dernières heures laotiennes, avant de faire une dernière soirée avec nos compagnons de route autour d’un délicieux canard et de quelques salades de papaye verte.

Nous filons alors vers la Thaïlande, dans un mini-van pour touristes, à travers une route toute neuve, construite par le Royaume du Siam pour mieux exporter ses matières premières. Les lacets se succèdent dans ce parc national étourdissant. Les Hmong continuent à célébrer leur nouvelle année et certains encore tout endimanchés circulent dans les villages. D’autres essaient de rejoindre leurs villages en hélant nos taxis. Le goût du Laos, fait de papaye et de nonchalance, nous laisse une trace incroyable en mémoire. Il est des secrets bien gardés et ce joli pays aux millions de sourires, connu étymologiquement pour signifier ‘million d’éléphants’ est, à n’en pas douter, l’une des terres qui nous aura le plus profondément marqués.

 

Le grand jeu du schtroumpf

Le schtroumpf voyageur
Commentaires fermés

Bonjour à tous!

Comme annoncé, voici un petit jeu pour vous tenir en haleine jusqu’à notre retour. Histoire de voir si vous avez bien suivi nos aventures sur le site et si votre curiosité légendaire vous aidera à trouver où le petit bonhomme bleu a pu se balader!

Les règles sont simples. Il vous suffit de poster un commentaire sur la photo en indiquant le pays ET la ville où vous pensez que la photo a été prise. La personne qui aura posté le plus de bonnes réponses aura droit à un petit souvenir issu du commerce équitable !

A vous de jouer!

Schtroumpf voyageur n°10

Le schtroumpf voyageur

Les Utopies Réalistes sont de retour à Lille après 6 mois trépidants mais le Schtroumpf se promène toujours.

Sauras-tu trouver d’où celui-ci te regarde?

BRAVO à vous Mathieu et Christophe: vous avez été super forts en déduction et avez bien trouvé qu’il s’agit de la Citadelle de Hué. Mais Christophe a été plus rapide Mathieu!

Se relever de ses blessures

cambodge

Notre bateau rapide croise déjà depuis plus d’une heure à vive allure sur les eaux lisses du Mékong. Le miroir d’eau, bruni de la terre charriée par le puissant fleuve, est ponctué de bouquets d’herbes denses qui descendent doucement vers la mer. Une grosse barge amarrée sur l’un des bords, la frontière vietnamienne. Le temps d’un tampon et nous voici à nouveau voguant vers le second poste frontière, une centaine de mètres plus loin. Ici ce n’est plus exactement la même histoire. L’attente est plus longue, en témoignent les quelques bateaux qui se chevauchent pour accéder au minuscule ponton de planches et bambous qui manque littéralement de couler au moment où nous débarquons….ambiance. Encore quelques heures de navigation dans des paysages plus esseulés et nous voyons poindre au loin les tours de Phnom Penh. Aucun bateau ne circule sur le fleuve mythique, l’arrivée est étrange : un malaise semble régner sur cette capitale en modèle réduit. Impression amplifiée par la visite officielle d’Obama, quelques jours après sa ré-élection… symbole de la place que vont tenir les relations avec l’Asie du Sud-est dans les années à venir.

Nous débarquons en plein centre ville sur un ponton métallique brûlé de soleil. Afin de rejoindre notre auberge, nous découvrons le transport local, une moto-remorque. La première impression de Phnom Penh est troublante. Hautes grilles, fils de fer barbelés, grosses berlines 4×4 aux vitres fumées, gardes aux entrées de villas luxueuses, enfants dans les rues, commerces de riches, petits métiers pour ne pas mendier… les écarts de richesses au pays de Pol Pot sont revenus au galop.

Mais il n’y a pas que ça. Les espaces publics bien partagés au Vietnam (resto de rue, barbier, etc.) sont ici privatisés (parking, étal du commerce attenant, terrasse du restaurant) ne laissant bien souvent plus aucune place au piéton. Les échanges se font en dollars américains, le Riel ne servant que pour faire les centimes de dollars. Les rues sont indiquées par leurs numéros, comme les avenues américaines. Partout des ONG internationales, sur les enseignes le long des rues, sur les étiquettes dans les magasins, sur les portières de grosses voitures…un drôle de sentiment nous pénètre, marqué par l’impression d’une américanisation d’une société encore fragile. A cela s’ajoute une sensation difficile à retranscrire, mais qui laisse percevoir une instabilité certaine, des non dits, ou presque d’une fuite en avant.

Les jours qui suivent nous apporteront quelques bonnes clefs de lecture pour mieux comprendre ce pays meurtri. Outre la visite des temples, nous visitons aussi et surtout la prison S21, le Auschwitz local, le centre d’extermination des Khmers rouges en plein centre ville de Phnom Penh. Cet ancien lycée français a été converti entre 1975 et 1979 en un lieu des tortures les plus abjectes. Plus de 17000 personnes y ont laissé la vie, immortalisées par les clichés noirs et blancs de leurs faciès au moment de leur incarcération. L’endroit pue la mort. On ne peut en sortir indemne, un gros point d’interrogation, pourquoi ? Ce volet de l’histoire cambodgienne est récent, complexe. Il serait long de revenir ici sur les imbrication géopolitiques qui ont créé et rendu ce nouveau génocide du XXème siècle possible. Seuls quelques survivants ont pu témoigner de la violence de cette période. L’un d’entre eux est là, à notre sortie. Son regard nous obsède encore, empli de tristesse et de compassion. Parqué pour signer de sa main tremblante dans des livres et pour se faire payer pour poser avec les touristes. Abjecte sensation. L’argent l’a récupéré pour lui faire revivre chaque jour les horreurs qu’il a subies. N’a-t-il que d’autre choix de revenir ici quémander les touristes plutôt que de vivre tranquillement ses dernières années ? Est-il aidé par l’Etat ? Mais de quel Etat pouvons-nous parler au juste ? Le Cambodge d’aujourd’hui en porte encore les blessures d’autant plus béantes qu’aucun travail de mémoire n’a été mené. Le premier procès aux chefs d’accusation de crime contre l’humanité et génocide s’est ouvert en 2009, il court toujours. Les principaux dirigeants du régime de Pol Pot ne sont pas encore inquiétés. Encore très influents dans le pouvoir actuel (le premier ministre actuel est un ancien Khmer rouge), ils ne le seront vraisemblablement pas avant leur mort.

Face à cette ambiance complexe, nous essayons de comprendre cette nouvelle société cambodgienne et parvenons à enchaîner plusieurs rendez-vous intéressants avec le CCC (Cooperation Committee for Cambodia, un centre ressource pour toutes les ONG qui gravitent dans le pays), la Cooperative Association of Cambodia (une première ébauche d’une fédération nationale des coopératives, qui n’est pas encore reconnue par l’ICA, mais qui gagne chaque année de nombreux adhérents) ou la RECOFTC (un organisme qui s’attache à prévenir la déforestation en promouvant la gestion communautaire des forêts tropicales). La société civile est fort active dans ce pays fragmenté. Nous fréquentons de nombreuses autres initiatives intéressantes : de très nombreuses boutiques d’artisanat sont étiquetées ‘commerce équitable’, reconnues par le mouvement international du Fair Trade, permettant de soutenir des femmes ou des enfants victimes des mines (autre blessure béante dans le pays) ; nous nous régalons dans plusieurs restaurants d’application, où les apprenants sont des enfants des rues, accompagnés dans leur réinsertion par l’apprentissage d’un métier. Bref, le pays court après sa liberté et trouve des solutions pour panser ses atrocités.

Nous quittons la capitale avec une sensation étrange. L’envie de revenir, d’y travailler peut-être… tout en ayant en tête que tout peut très vite dégénérer. Notre bus de nuit file sur des routes défoncées direction Siem Reap. Nous prenons nos quartiers dans un charmant hôtel avec piscine. Un peu de luxe pour nos derniers moments avec Olivier ! Siem Reap ne présente que peu d’intérêt en soit. La ville est surtout le point de base pour aller à la découverte des temples Khmers qui se cachent dans environs. Pour aller voir les demeures des rois, nous prenons une petite reine. Nous voici le nez au vent (chaud!) à pédaler au milieu de la jungle. Pas besoin d’être archéologue pour que leurs noms fassent rêver: Angkor Wat, le Bayon, Ta Prom… Nous en attendions beaucoup, la réalité a largement dépassé les attentes. Découvrir les prang (tours) du mystique et mythique temple d’Angkor Wat au détour d’une percée dans la jungle touffue est une expérience incroyable. S’en approcher, en découvrir les recoins, les bas reliefs, les statues, les détails apporte une nouvelle dimension. Construits entre 900 et 1400, d’abord en l’honneur de Shiva puis de Bouddha, les temples et l’immense capitale d’Angkor ont finalement sombré dans l’oubli pour quelques siècles. Partir sur les traces des explorateurs français du XIXe siècle, découvrir ces merveilles dans leurs gangues végétales, se faire surprendre par un visage de Bouddha paisible ou s’extasier devant les fabuleux détails de ces bas reliefs d’apsaras (nymphes de la mythologie hindoue et bouddhiste)…des moments rares pour le voyageur chanceux !

Olivier nous quitte, le matin même nous avons rendez-vous avec un l’un des partenaires de AVSF (Agronomes et Vétérinaires sans frontières). Après un périple au travers des rizières émeraudes ponctuées de palmiers, nous visitons une banque de riz tenue collectivement par les villageois. Un projet de très bonne qualité et un accueil des plus sympathique de la part des acteurs ! Pour ne rien ôter, nous finissons notre visite vers 13h en s’apercevant que nous sommes sur la route des temples Khmers un peu plus éloignés de Siem Reap (Bantey Srei). Après avoir pris congé de notre interlocuteur, nous modifions donc légèrement notre route pour s’en faire la visite !

La présence d’Olivier dont nous voulions profiter pleinement, les rencontres projet qui se sont enchaînées à Phnom Penh et Siem Reap, nous avons énormément de retard dans nos articles. Nous prenons donc la très sage décision d’aller se faire quelques jours off sur les côtes cambodgiennes. Sihankouville sera parfaite. Un bus de nuit plus tard et nous sommes à la recherche d’un petit bungalow les pieds dans l’eau. Nous finissions par trouver notre bonheur sur la plage d’Otres. Dès lors le rythme sera effréné. Bain, travail sur l’ordinateur aux heures chaudes, bain, travail sur l’ordinateur, apéro, dodo….pffff et dire que ça a duré 3 jours…

Le truc que nous n’avions pas très bien prévu, c’est que pour repartir de Sihanoukville et atteindre notre prochaine destination (Kratie), l’enchaînement allait être bien compliqué. Etape obligatoire à Phnom Penh que nous atteignons vers 13h. Le temps de manger un morceau et nous voici tassés à bord d’un minivan, sorte de taxi collectif. Le véhicule comporte 10 sièges dont deux sont occupés par des cartons de marchandises. Sur les 8 sièges restants, nous entrons à 15 personnes, Sylvain n’a jamais vu mes genoux d’aussi près. Sans compter nos sacs attachés avec des cordes à l’arrière du van, ils ont été très contents de l’orage tropical essuyé durant les 5 heures de route… Nous voici enfin arrivés à Kratie, il est tard et l’hôtel que nous envisagions de prendre est plein…oui les voyages sont parfois un peu fatigants !!

Kratie est une petite ville accrochée le long du Mékong. Il y a encore moins de 6 ans, la route n’était pas goudronnée et plusieurs jours étaient nécessaires pour rejoindre la capitale. L’ancien fief des Khmers rouges est encore un hameau calme et nonchalant. On est fin novembre, la fête de l’eau est un peu moins tenue en cette année du deuil de la mort de Sihanouk, suffisamment quand même pour que les jours fériés soient respectés et que nous ne puissions pas rencontrer le CRDT (Cambodian Rural Development Team, développant un projet touristique basé sur la relation aux communautés villageoises). Qu’à cela ne tienne, nous voici partis sur l’un des itinéraires touristiques qu’ils proposent. Au menu, 60Km à vélo vers le nord et l’île de Koh Pdao sur laquelle nous devons trouver notre « homestay ». 60Km retour le lendemain par l’autre rive. Nous n’avons pas cédé aux sirènes des tours organisés de Kratie qui nous chantaient qu’il valait bien mieux recourir à leurs services. Nous voici sur nos bicyclettes pour notre plus grand plaisir. L’effort est largement récompensé par les paysages magnifiques, le bonheur de se retrouver avec tout les locaux sur le petit bac bringuebalant qui traverse vers l’île et de découvrir, seuls avec les buffles et leurs aigrettes, les paysages somptueux au coucher sur soleil. L’expérience de l’hébergement chez les familles locales est amusante. Pas grand moyen de communication hormis les mains et le « assimil cambodge » qui nous permet de baragouiner quelques bases. Nous dormons avec tout le monde dans cette maison en bambous perchée à 2m du sol sur ses pieux en bois.

Le lendemain, après avoir visité l’école de l’île et vérifié qu’aucun enfant ne peut donner une image de la France (pas même la Tour Eiffel, pour un ancien pays colonisé, ca fait réfléchir!), nous revenons par l’autre rive, juste à temps pour aller rendre visite au CRDT, l’instigateur de ce programme de tourisme responsable et communautaire que nous venons d’expérimenter. Nous sommes agréablement reçus et glanons là quelques très bon compléments d’explication sur ce que nous venons de voir. Le projet est passionnant et l’idée centrale est de laisser la décision aux villageois. Le tourisme n’est pas une fin, mais un moyen et les familles d’accueil n’y gagnent qu’un complément à leurs revenus habituels. Une belle manière de promouvoir le tourisme.

Le temps file et il est déjà temps de mettre les voiles vers de nouvelles contrées. Demain le Laos nous attend.

Schtroumpf voyageur n°9

Le schtroumpf voyageur

Le Schtroumpf voyageur se joint à nous pour vous souhaiter une belle année. Nous avons encore quelques aventures à partager avec vous et ceux qui veulent gagner ont encore du temps, alors QUE LE MEILLEUR GAGNE!

Et comme il est aussi difficile de trouver la ville, nous ne vous demandons cette fois-ci également que le pays!

Encore une victoire de Mathieu!! Bravo! C’est bien un bas relief de Kathmandu, Népal sur lequel notre petit Schtroumpf voyageur est installé.

D’une identité à l’autre : un pays morcelé

Vietnam

L’Inde s’achève donc sur cette ville si marquante dans notre histoire personnelle. Kolkata est définitivement la plaque-tournante de notre voyage en Asie. Après le vol Kunming/Kolkata/Kathmandu, pour atteindre le Népal depuis la Chine, nous nous envolons de l’ancienne capitale de l’empire britannique pour atteindre Hanoi, via Bangkok. Les tarifs avantageux proposés par Air Asia nous obligent à passer une nuit dans la capitale thaïlandaise. Nous aurions pu y rester plus longtemps, mais nous repasserons par là plus tard, à la fin d’une boucle de deux mois dans la péninsule. Nous trouvons donc un hôtel dans l’aéroport de Bangkok avec piscine et confort maximal. Après le Népal et l’Inde, ca fait vraiment TRES bizarre de retrouver un endroit propre, aux conforts occidentaux. Nous ne bougeons pas de l’aéroport et nous arrivons à Hanoi le lendemain matin, vers 8h où Olivier, notre acolyte pour 3 semaines, nous attend tranquillement vautré dans les bagages avec un bon livre entre les mains. Il faut dire que nous avons mis le temps pour le rejoindre ! L’arrivée à Hanoi est en effet soumise à un contrôle particulièrement long et désorganisé pour obtenir le visa-sésame tant attendu. Même si nous avions géré les démarches par internet, la longue file de touristes fraîchement débarqués au pays de l’Oncle Ho (alias Ho Chi Minh pour ceux qui n’auraient pas suivi) nous a doucement fait patienter deux heures.

Le Nord : une tong dans la Baie d’Halong, une nuit chez « les oufs du bout du monde »

Les bagages sur le dos, un Oliv avec nous, nous filons découvrir la belle Hanoï, marquée par l’époque coloniale et par un régime propagandiste, prenant modèle sur le grand frère chinois. Temples, pagodes et musées s’enchaînent. Le Musée de la révolution offre une excellente compréhension à l’histoire du pays, entre conflits indépendantistes et guerres d’usure contre les américains. Nous cherchons en vain à rencontrer la fédération des coopératives. Une fois n’est pas coutume, les emails restés sans réponses sont directement suivis d’une visite sur place…mais cette fois, nous tombons sur un bâtiment portes et volets fermés. Dommage…

Le pays est grand (332 000 km2, soit moitié moins que la France) et une population qui grimpe et ne devrait pas tarder à exploser les 100 millions. Une aubaine pour les investisseurs qui cherchent à se partager le gâteau. Mais le Vietnam est malin et souhaite conserver son autonomie. Résultat : la grande majorité des investisseurs sont contraints de créer une joint-venture avec une entreprise locale. Une solution intéressante pour un pays qui prend modèle sur l’Empire du milieu et parvient étonnamment bien à concilier développement économique et communisme d’Etat.

Le programme est donc bien chargé pour tenter d’appréhender au mieux ce grand pays qui porte encore les stigmates de la séparation nord/sud. Après une sympathique soirée avec des amis d’amis (Yann et Han, sa compagne vietnamienne) qui nous apprennent plein de choses sur le pays, on file découvrir un incontournable : la Baie d’Halong. Plutôt que de filer en tour organisé (légion au Vietnam), nous débarquons à Cat Ba d’où nous organisons une excursion d’une journée sur un bateau en piteux état. On manque de couler à peine sortis du port, notre rafiot plonge dans une vague d’étrave et en avale la moitié. A voir la tête de celui qui nous sert de capitaine, ce n’est pas une habitude. Malgré une crainte persistante, on passe une merveilleuse journée : kayak dans la baie d’Halong, découverte des villages flottants, repas excellent servi à bord, baignade et plage de rêve dans la baie de Cat Ba. Seul bémol au tableau : Stéphanie a perdu sa tong dans la Baie d’Halong ! Un dernier regard depuis notre merveilleuse terrasse et on avale une journée de transports parmi les plus cocasses de notre vie (bienvenue dans nos voyages Oliv!). Départ de Cat Ba en bus, bateau rapide pour rejoindre Haïphong, bus Haïphong/Hanoi. Repas express. Négociation ferme d’un taxi. Départ pour Green Vietnam, un projet d’écotourisme et de ferme biologique, qu’on nous avait conseillé. Le bled est loin, à cinq bonnes heures d’Hanoi. Le chauffeur n’a visiblement jamais mis les pieds dans ce coin. Il doute de nos explications, avoue qu’il est très fatigué… et nous finissons par une merveilleuse piste dans laquelle il s’embourbe. Long trajet…

A l’arrivée, un américain (John) un peu perdu dans son repenti des années 70 nous accueille en pleine préparation de confitures. Personne n’avait reçu nos mails. Heureusement, il y a quand même à manger ! De projet, nous devons admettre qu’il n’en est rien. Un parfait contre-exemple même. Sur la gestion d’une part, une gestion plutôt patriarcale resserrée sur une cellule familiale qui ne s’ouvre que peu vers l’extérieur. Sur le fond du projet ensuite. Initié par Quang et fortement aidé (financièrement) par les amis de John, le rêve initial était celui d’un Vietnam rural vert, d’une gestion communautaire villageoise et responsable de la terre et de ses fruits. Une composante touristique est alors venue s’y ajouter avec des lodges de luxe hors de prix. Les liens avec les villageois sont ceux de l’employé/employeur ou de la charité (aide au développement de l’école). Les bases n’étaient d’ailleurs pas saines. Le premier cherchant à se débarrasser des blessures indélébiles infligées par son pays (agent orange et autres défoliants modifiant les sols et le génome humain déversés en masse sur les campagnes Vietnamiennes par les Etats-Unis) et le second reprenant juste la main sur son ancienne vie d’héroïnomane. La relation entre les deux hommes est devenue houleuse, sombre et il nous est parfaitement impossible de discuter avec les deux en même temps. Heureusement, le paysage est merveilleux et le point de vue offre un réveil somptueux devant une nature vierge. Après une visite intéressante des hectares de jardin et l’acquittement de notre note (salée), nous repartons avec notre adorable chauffeur, qui en a profité pour passer une soirée de vacances. Essayez de trouver un chauffeur à Paris à qui vous proposez une course sur la soirée pour atteindre un bled dans les Vosges ! Et dites-lui en arrivant, que oui, ca pourrait être pas mal qu’il dorme sur place et qu’il reparte avec vous le lendemain matin ! Ben, c’est exactement ce que nous avons fait !

Histoire d’en rajouter, dès notre retour à Hanoi, nous filions prendre le train de nuit pour la capitale culturelle du Vietnam : Hué.

Deux belles journées à arpenter Hué, sa Cité Pourpre interdite, ses temples et à descendre nonchalamment les courants de la rivière des Parfums, à la découverte des tombeaux des empereurs en écoutant la douce voix d’une guide dont personne ne comprenait l’anglais (pas même les natifs de Grande-Bretagne…). L’occasion aussi de fêter les 33 ans de Sylvain, autour de délicieux nems et autres spécialités locales. Hué dégage une impression de douceur, que nous avons également ressentie à Hoi An, petite ville touristique (classée par l’UNESCO au patrimoine mondial), où nous avons passé peu de temps, entre un bain dans le Golfe du Tonkin et une balade à vélo sur le pont japonais. La ville est assaillie par les touristes mais mérite vraiment le détour. Une ou deux boutiques commencent à proposer des produits de commerce équitable et l’on se laisse vite aller à juste profiter de la quiétude des lieux. Un nouveau train de nuit nous permet de rallier Saïgon et de découvrir une nouvelle ville mythique, dont le simple nom évoque tant d’histoire. L’occasion de comprendre une nouvelle facette du pays.

 

Entre Nord et Sud

Le Vietnam est de ces pays qui ne s’appréhendent pas facilement. La culture a beau être présente en France, elle est difficilement pénétrable et jalousement gardée dans les sphères familiales. Une manière de mieux se protéger sans doute. Quiconque souhaite mieux comprendre ce pays doit donc plonger dans son histoire et en comprendre les blessures. Sans ce travail préalable, beaucoup de choses peuvent difficilement être perceptibles.

L’histoire du Vietnam pourrait être notre fil rouge pendant ces deux semaines dans ce beau pays. Malgré la lecture de plusieurs articles évoquant la montée en puissance des coopératives dans la presse spécialisée sur le pays (toujours intéressant de jeter un œil sur le Courrier du Vietnam), nous avons difficilement repéré des projets et les rencontres se sont avérées compliquées. La plus intéressante aurait sans doute été un projet accompagné par SOCODEVI, une agence de coopération québécoise, mais le projet, terminé depuis deux ans, a été laissé aux mains des locaux qui ne parlent pas anglais… malgré plusieurs tentatives par plusieurs biais, nous n’arrivons pas à prendre rendez-vous ! Quant à la fédération des coopératives (si nombreuses dans le pays,) nous la cherchons encore dans Hanoi !

De Hanoi à Ho Chi Minh, en passant par Hué, le Vietnam n’est pas fait d’un bloc. Comme le résume bien le Routard, Hanoi a souvent été considérée comme « la prude », par opposition à Saïgon « la pute ». Cette forte opposition entre les deux parties du pays résulte d’une violente division à l’époque américaine. Petit récap : les français débarquent en 1860. Dès les années 1930 de nombreuses manifestations et révoltes éclatent, notamment dans les plantations de caoutchouc (mises en places sous la tutelle colonisatrice). Pendant la Seconde guerre mondiale, la France de Vichy continue tant bien que mal d’administrer ses colonies. Le 2 septembre 1945, Ho Chi Minh déclare l’indépendance du pays… mais c’est sans compter sur la grande volonté des empires de conserver leurs parts de gâteaux ! Si les français ont du mal à récupérer leurs terres, les anglais gardent la place bien au chaud pour leurs voisins. Retour des français en 1946, alors que la première constitution nationale était votée à l’Assemblée vietnamienne ! Si la Russie et la Chine reconnaissent l’indépendante, la France s’entête et ne capitulera que suite au cuisant échec militaire de Dien Bien Phu en 1954. On aurait pu penser que les choses s’arrêtaient là… mais c’était sans compter sur les Etats-Unis qui depuis 1948 soutenaient financièrement et militairement les français. Persuadés de pouvoir faire mieux et surtout envahis du désir de conserver ce pays dans le giron capitaliste, la grande puissance américaine en guerre (froide) contre tout Etat socialiste ou communiste décide du sort de ces millions d’habitants, utilisant un gouvernement fantoche au Sud pour mieux affaiblir le Viet Minh au nord. La guerre tourne vite à une guerre d’usure, où les américains utilisent toutes sortes de produits chimiques contre ces attaquants de l’ombre, habitués à la forêt et capables de vivre reclus, aidés par la seule Mère nature. La scission entre les deux parties du pays est consommée et s’amplifie dans les années 70, jusqu’à l’année 1975 qui marque la fin de la guerre et la victoire du Viet Minh sur les américains et sur le Sud.

Cette rapide remise en perspective historique (avez-vous réellement vu ca à l’école??) permet de mieux comprendre la scission entre ces deux Vietnam : ce Sud, longtemps resté sous influence américaine, en lien direct avec les grandes puissances occidentales dans les années 70 et ce nord, combatif, prêt à toute revanche pour mieux dominer l’envahisseur. Quelques trente années plus tard, le même sentiment perdure chez beaucoup et le contraste est d’autant plus saisissant lorsqu’on arrive à Ho Chi Minh Ville (rebaptisée après 1975), que tout le monde continue à appeler Saïgon.

Car Saïgon a tout d’une grande capitale asiatique : l’effervescence, la folie des grandeurs (notamment architecturales) ou le trafic. Mais la capitale reste Hanoi. Symboliquement, cela est très fort. Au Nord, la capitale politique, administrative, marquée par le Parti; Au Sud, la ville débonnaire, libérée et déjà très consommatrice (et du coup, moins identitaire). Deux journées pour profiter pleinement de Saïgon ne sont pas suffisantes. Mais levés à 6h et endormis d’épuisement, nous arpentons musées, palais de la réunification, pagodes, patrimoine colonial (la Poste est SUBLIME!), magasins d’affiches de propagande et admirons la ville d’en haut depuis l’un des vieux hôtels coloniaux.

Le Mékong se découvre également doucement et nous invite à embarquer sur ce fleuve mythique pour aller creuser l’identité vietnamienne, celle d’un peuple travailleur, le chapeau conique vissé sur la tête (image d’Epinal bien réelle) pour récolter le riz ou vendre ses produits dans des marchés flottants. La route s’ouvre pour mieux nous offrir un passage vers le Cambodge. Nous embarquons ainsi de Saïgon pour toucher à la quiétude du delta de ce grand fleuve. Une fois de plus dans ce pays, le meilleur moyen (rapidité et économie) d’atteindre notre but est de suivre d’autres brebis. Insérés dans un groupe, nous visitons plusieurs villages du delta, tout en profitant des joies du vélo ou de la barque pour atteindre Chau Doc, dernier point avant l’arrivée au Cambodge. Une nuit sur le Mékong dans un hôtel flottant… et nous quittons ce pays si beau, si attachant, sans avoir vraiment eu le temps de nous l’approprier. Trop peu de rencontres de locaux (aucune réponse couchsurfing), trop peu d’échanges autour de projets et pourtant l’envie irrésistible de revenir voir cette terre qui, dans le sillage du modèle chinois, évoluera si vite. L’impression d’un tableau inachevé nous envahit. Tant de questions que nous n’avons pas pu poser : la liberté de la presse, d’opinion (Facebook est bloqué par exemple), le modèle de développement (profondément calqué sur la Chine)… et tant d’interrogations sur les relations nord/sud font que nous aurons inexorablement besoin de revenir ici et que nous avons déjà plongé dans la lecture d’écrivains contemporains.

Schtroumpf voyageur n°8

Le schtroumpf voyageur
Bon, on relance un nouveau petit bonhomme bleu. Comme c’est TRES dur de trouver la ville, on vous demande juste le pays! Question de rapidité, non?


Plein de nouveaux participants, ca fait plaisir! BRAVO à CELINE qui a reconnu (avec force et rapidité qui plus est!) les sinogrammes chinois! Le Schtroumpf s’était en effet perdu dans les voeux des pratiquants bouddhistes de Chengdu.

Schtroumpf voyageur n°7

Le schtroumpf voyageur
Donc ce 7ème petit bonhomme est…

Indice: relisez les premiers articles!
BRAVO! Beaucoup de nouveaux participants pour cette photo et beaucoup de bonnes réponses, ce qui relance la compétition héhé! Donc, non Clémentine, ce n’est pas toi qui as gagné mais notre Speedy Mathieu! Bien joué. La nouvelle génération rentre en ligne, accrochez-vous!

In(sou)tenable India 2

Inde

La grande boucle indienne

Notre bus file à tombeau ouvert au travers de paysages fantastiques que nous avons vu les jours précédents sur les fresques du palais du Maharadja Singh II. Ces collines désertiques jonchées de quelques arbres touffus et abritant éléphants et tigres faisaient la récréation des notables qui s’adonnaient à la chasse. Ahmedabad arrive enfin. Nous avons quelques heures d’attente dans la capitale du Gujarat. Le temps d’apprécier rapidement ses consonances musulmanes, de l’architecture aux femmes voilées. Au moment de prendre notre train, nous rencontrons à nouveau Kafka qui doit décidément avoir eu une grande influence sur l’Inde.

Les trains indiens portent un numéro et un nom (normalement les deux sont liés). Le notre doit partir à 19h30 d’Ahmedabad soit, à priori : « Ahmedabad train station » que l’on nomme également « Ahmedabad Junction » mais pas «Ahmedabad Gandhigram » (une autre gare). Une heure avant notre départ, nous sommes devant le panneau d’affichage (ceux qui nous connaissent ont le droit de trouver ça amusant)…mais là…aucune trace de notre train, ni d’ailleurs d’aucun train qui parte à 19h30. Oups ??..On fait la queue (enfin la version indienne, un gros troupeau de gens qui jouent des coudes devant le préposé) aux renseignements pour apprendre furtivement (avant de se faire éjecter) que notre train semble partir à 19h du quai 6. Le panneau d’affichage confirme bien un train (autre numéro et nom) à 19h quai 6…malgré l’avance, on se dépêche…pour rien, notre train avec le bon numéro et le bon nom arrivera bien quai 6 à 19h30…

Pour ajouter une nouvelle anecdote à ces anecdotes « Kafka est né en Inde », laisser nous vous conter l’épreuve « J’achète mon billet de train en Inde ». Pour acheter un billet, il faut remplir un petit formulaire disponible au guichet 1. Un fois ce papier rempli avec le nom, le numéro (oui il faut se rencarder avant), la date, l’heure, le pedigree complet des prétendants au voyage ainsi que la classe souhaitée (pas moins de 6 classes différentes mais pas toutes sont présentes sur tous les trains), la personne vous invite nonchalamment à (re)faire la queue au guichet 7. Là, un(e) préposé(e) fait la recherche sur un terminal informatique qui aurait sa place dans un musée et vous annonce fièrement que ce n’est plus disponible…Voici maintenant un ordre d’idée de l’enchaînement des questions/réponses (un vrai dialogue de sourds) qui s’en suivent, entrecoupées des requêtes sur la machine infernale :

- Une autre classe serait-elle disponible ?

- Ce train n’existe pas

- Ah bon nous l’avions pourtant identifié sur Internet, le train du début d’après midi alors, à quelle heure arrive-t-il déjà ?

- La catégorie 2AC est pleine.

- En classe 1AC peut-être, combien cela coûte-t-il ? Et à quelle heure cela nous fait-il arriver ?

- Il n’y a plus de place.

- Le train du début d’après-midi, quelles classes sont disponibles ?

- 600INR mais il n’est pas à destination de Goa.

- Comment ça il ne va pas à Goa, mais quel train pouvons nous prendre alors ?

- Il arrive à 10h30 le lendemain.

- Quoi, mais à quel endroit alors ?

- Écoutez, il y a beaucoup de monde qui attend, allez vous renseigner au guichet 1…

Un peu penauds il faut l’avouer, nous avons baissé les bras…nous avions encore 2 autres trains à réserver et après cet épisode qui dura environ 1heure, nous sommes ressortis de la gare éberlués et bredouille.

Nous voici donc dans le train de nuit entre Ahmedabad et Goa. Le gérant de notre hotel d’Udaipur a finalement réussi a nous dégoter des ticket « dernière minute » (Tatkal en indien) hors des quotas réservés aux étrangers. La climatisation est à son apogée et emmitouflés dans nos pulls, nous trouvons le sommeil. L’arrivée à Goa ne se fera qu’avec 2h30 de retard (soit un retard moyen). Nous rejoignons notre petit hôtel où nous avons résolu de nous poser quelques jours pour travailler agréablement à rattraper notre retard sur l’écriture de nos articles divers.

Goa

Le petit Etat de Goa a vécu 5 siècles d’une domination portugaise qui a pris fin en 1961. Plus que ses plages qui attirent des hordes de touristes en saison, la visite des innombrables traces de la culture des anciens colons vaut le détour. Panaji, la toute petite capitale de l’Etat (100 000habitants) en présente une bonne concentration et parcourir ses rues parsemées d’Azulejos et de petites églises catholiques est enchanteur. Un charme suranné, une plongée dans la langueur et la richesse de cette époque portugaise, il n’a manqué que les pasteia de nata !

Bien sûr, l’étape Goa n’aurait pas été complète sans les quelques brasses sur les longues plages de sable bordées de cocotier. Une petite moto nous aura même permis d’aller visiter un peu plus la côte. Le temps de voir l’autre réalité locale : Goa la touristique, celle des stations balnéaires vivant une explosion du bungalow fait à la va-vite. Il est 14h sur la fine langue de sable blanc, c’est le carambolage : pêcheurs contre joggeurs, bikinis contre saris, vaches sacrées et touristes bourrés, Jetset friquée et ex-soixante-huitard paumé…On vient de loin pour enterrer ici, sa vie de garçon sous alcool et marijuana bons marchés, ses 3 années de jeunesse volées par le service militaire israélien dans un comportement sans respect, ses questionnements sur la vie dans les ashrams ou autres stages de méditation. Où est la sortie, vite ?

Heureusement, notre petit hôtel est loin de ce tumulte. Nous sommes quasi les seuls clients en ce tout début de saison. Autour des délicieux plats préparé par un cuistot hors pairs, nous aurons avec l’équipe de l’hôtel, de chouettes discussions sur la politique du pays. Mais ce petit séjour de repos prend fin. Nous sommes attendus à Bangalore.

Sur la route vers cette capitale du Karnataka, nous décidons de faire une halte de 2 jours à Hampi.

Hampi

L’arrivée matinale dans ce petit hameau est une plongée dans la culture locale. Tous les indiens descendent à la rivière faire leur toilette et leur lessive pour le plus grand plaisir des yeux et de l’objectif. Même Lakshmi, l’éléphant sacré du temple vient s’y faire faire une beauté à coup de balais brosse. Le petit hameau de quelques centaines d’âmes est pourtant une ancienne capitale (Vijayanagar) d’un ancien empire hindou qui fût l’un des plus important de son époque (entre 1336 et 1560) alors qu’il comptait près de 500.000 habitants. L’apogée fut de courte durée alors que les sultans de Deccan on rasé la capitale en 1565 avant d’occuper brièvement le site. Il en résulte une concentration impressionnante de vieille pierres avec un savant mélange d’architectures hindoues et musulmanes, le tout dispersé sur des kilomètres carrés baignés par la rivière Tungabhadra. La fascination de déambuler dans ces vieilles pierres rappelle celle du forum romain à Rome. Une vraie expérience que de se promener dans cet immense musée à ciel ouvert.

Drôle d’ambiance pourtant. Classés au patrimoine mondial de l’UNESCO, les vestiges semblent aujourd’hui devoir être protégés des activités humaines jugées trop proches (commerces, guesthouses, etc.). Le gouvernement de l’Etat du Karnataka a alors développé un plan de réorganisation du site qui prévoit tout simplement de supprimer toute implantation/activité humaine dans un rayon de 500m autour des monuments. La relocalisation des « déplacés » à quelques kilomètres de là ne semble pas être la priorité du plan et une drôle d’impression se dégage alors que les bulldozers sont déjà à l’œuvre sans que les habitants ne sachent exactement où ils sont censés être relogés. On quitte Hampi avec cette impression que nous avons été parmi les derniers à en avoir profité dans sa version un peu « nature ».

Bangalore

La route vers Bangalore est chaotique. Nous sommes secoués comme des pruniers dans nos couchettes exiguës. 6 heures du matin, yeux bouffis, nous voici débarqués sur l’un des grands boulevards de Bangalore. Avant de réellement comprendre où nous sommes, une poignée de chauffeurs de tuk-tuk s’intéressent de très près à notre sort. En Inde, point d’heure pour une session marchands de tapis composée de « votre destination, c’est très très loin », « avant 8 heures, le tarif est doublé », « des travaux obligent à faire un gros détour », mon chien est malade et j’ai oublié mon pull chez ma grand mère….un sursaut d’énergie pour ce travail matinal dont on se serait volontiers passés et nous voici en route vers Jaaga…que bien évidemment notre chauffeur ne sait finalement pas localiser…on tourne, retourne, il en a marre, nous aussi. Nous voici débarqués sur l’un des grands boulevards de Bangalore (2ème). On arpente les trottoirs cabossés, on demande, on se renseigne avant de faire demi-tour…et puis on finit par trouver.

Jaaga est un centre culturel et espace de coworking géré par une équipe de jeunes innovateurs. A l’instar de Moonlighting (Delhi), nous serons hébergés ici le temps de notre séjour à Bangalore. Alors que nos esprits sont restés dans les couchettes du bus, on a du pain sur la planche. 4 jours devant nous mais 2 de week-end et pas moins de 3 acteurs à rencontrer. L’équipe de Jaaga sera la plus facile à atteindre mais nous devons aussi trouver les responsables de Timbaktu (écovillage) qui font la sourde oreille à nos emails et l’équipe d’Equations (centre de recherche dédié au tourisme local et travaillant sur la question de participation des habitants aux projets touristiques) avec qui nous avons rendez-vous.

Bangalore, la ville de l’informatique, la silicon valley indienne ne présente pas énormément d’attraits touristiques. Quelques bonnes adresses de restaurants, quelques vestiges de patrimoine anglais, une petite visite aux tailleurs sur mesure qui font de belles chemises ou l’envoi d’un colis postal vers la France agrémenteront nos journées. On en profite aussi pour avancer autant que possible sur la suite de notre itinéraire, sur les rendez-vous à prendre, sur les relances par email, sur la rédaction de notre site Internet…on ne s’ennuie pas quoi !

Il est déjà temps de mettre le cap sur Pondicherry, avant dernière étape de notre boucle indienne. Une fois n’est pas coutume, un bus de nuit nous débarque le long d’un grand boulevard des nouveaux quartiers de Pondicherry. Prime pour cette arrivée, une pluie tropicale déverse ses torrents d’eau. La mousson s’abat en novembre sur cette région (Tamil Nadu) et nous en profiterons pleinement alors qu’une tempête est annoncée. Outre retrouver la nonchalance délicieuse de cette ancienne ville française au riche patrimoine colonial, le crochet par Pondicherry s’explique par notre souhait d’aller visiter cette Utopie parmi les utopies : Auroville. Notre première journée sera cloîtrée dans l’hôtel qui lui aussi prend l’eau. Beaucoup d’institutions sont portes closes alors que le cœur de la tempête est annoncée pour la fin d’après-midi. Miracle, nous avons tout de même de l’électricité et de l’Internet ! Le ciel s’éclaircit enfin, on saute sur une moto pour aller découvrir le territoire aurovilien. Sous l’égide officielle d’une fondation, créé par Sri Aurobindo, un ancien révolutionnaire anti-anglais devenu « guide spirituel » et la « Mère », une française l’ayant rejoint dans sa quête d’un nouveau monde, Auroville étend son territoire sur plusieurs centaines d’hectares. Nous ne nous étalerons pas ici sur notre perception de cette utopie, qui 25 ans après sa création montre clairement ses limites…à moins que les limites n’aient été inhérentes à la vision initiale ? Nous en profitons néanmoins pour aller voir l’un des derniers nés des projets « abrités » en terre aurovilienne : Sadhana Forest, un collectif ayant reboisé un espace désertique. Une dernière journée pour aller flâner avec les indiens le long du brise lames de Pondicherry, contempler la baie du Bengale, ses vagues sombres qui explosent sur les rochers pour mieux arroser les locaux habillés de mille couleurs venus « se baigner ». Malgré nos tentatives de très longue date, il nous a été impossible d’acheter le billet de train qui nous aurait fait finir la boucle vers le nord. Rejoindre Calcutta se fera donc en avion… Nous voici donc dans un enchaînement heureusement sans fausse note : Pondicherry/Madras, Madras bus station/ Madras airport, Madras airport / Kolkata.

Calcutta

Atterrissage à Kolkata, nous revoici dans cet aéroport d’un autre temps. Il est 23h, trouver un taxi prépayé, réclamer la monnaie qu’on a « oublié » de vous rendre, monter à bord de l’une de ces belles Ambassador jaune qui emplissent les rues de l’ancienne capitale de la compagnie des Indes. Nous filons au milieu de la nuit et de sa faune. Ceux qui ont mis les pieds en Inde en connaissent l’attrait et le dégoût permanents. A ce titre, Calcutta est sans doute l’apothéose de l’Inde, un sommet d’une beauté hideuse. La cristallisation d’un film de science fiction dans lequel, à la nuit tombée, alors que les riches dorment confortablement, plus haut, dans les étages, la clameur de la rue s’élève. Elle est faite des hommes « intouchables » qui crient leur maison, leur trottoir, face aux chiens et aux autres dalits. Dans une odeur d’égouts, de rats et de plastique brûlé, la ville d’en bas s’endort. La religion et la croyance en une réincarnation meilleure semble y être le dernier rempart avant la vie animale. 1000 et une astuces, 1000 et un petit boulot brodent ainsi une vie des plus dense autour des rues coloniales aux bâtiments mangés par la chaleur humide. Kafka est aussi passé par ici alors que les rues à sens unique voient leur sens changer en milieu de journée, créant une pagaille facilement imaginable. Pour certains, et c’est peut être mieux ainsi, les taxis se refusent à prendre des courses aux environ de 13h. L’exercice du taxi n’est de toutes façons pas aisé puisque le prix de votre course est celui du le compteur mais multiplié par un coefficient variable selon la longueur du trajet et ajouté d’un montant forfaitaire qui varie lui aussi en fonction de l’heure (soir/journée)… ?!?

Calcutta était et reste la ville des penseurs, des intellectuels indiens, la ville frondeuse qui s’est levée face aux anglais, la ville des musées, de la culture. Elle est aussi un lieu de survie, grouillant des millions de gens qui s’y croisent. Nous partons vers l’aéroport, vers le Vietnam, vers l’Asie, celle du Sud-Est en tout cas. Jusqu’au dernier moment attrait et dégoût. Le balai de ces vieux taxis jaunes aux chromes rutilants, la fenêtre ouverte, chauffeur en col blanc, un vent chaud aux milles odeurs épicées qui balaie la figure. Le chauffeur avec qui nous avions convenu le prix avant de partir s’auto-octroie un pourboire de 50 % du tarif, il faut encore négocier, il nous rend la monnaie billet par billet pour voir où nous allons céder…

Au revoir Inde, au moins pour un petit moment…

Conclusion

Chaque voyage en Inde est particulier, porteur d’espoirs et de révoltes. Chaque voyage en Inde est un plaisir et une hâte infinie de quitter cette terre d’extrêmes. Revoir Sharmitja après 10 ans et échanger sur la condition des minorités, sur la place de la femme, sur cette société qui rentre de plein fouet dans un monde consommateur et capitaliste pour lequel elle n’est pas faite. Constater que cette spirale infernale transforme profondément la population, lui offrant tous les apparats de la modernité et la laissant confortablement installée dans un univers où les plus démunis n’ont ni droits ni parole. Accepter que ce pays soit une nouvelle puissance de demain, où les écarts sont plus violents que ceux de la Russie actuelle, qui sont déjà tellement plus creusés que ceux que nous refusons dans notre propre pays. Découvrir les malls, les multiplexes et songer que les perles patrimoniales ne seront certainement jamais réhabilitées ou que les infrastructures nécessaires mettront des années à apparaître.

L’Inde actuelle est tout cela à la fois. Elle n’est pas juste un pays où les paysages sont sublimes. Elle n’est pas un pays ‘cool’ comme tant de touristes aiment la voir, considérant son côté ‘spirituel’ (mot duquel nous ne parvenons toujours pas à comprendre la portée) et oubliant la réserve et l’humilité propres aux cultures bouddhistes et hindouistes. Elle n’est pas juste un monde de possibles, elle est aussi consommée par la corruption et par des écarts prodigieux entre les castes, les religions et les Etats. L’Etat central peine à développer une politique nationale unifiée (exemple criant sur l’éducation où les taux de scolarisation et d’alphabétisation varient du simple au triple), manque de volonté dans ses infrastructures et souffre d’un manque de réalisme. Dans ce « joyeux bordel » (expression que nous consacrons depuis notre premier article sur le pays), nous attendions beaucoup des projets collectifs de cette grande démocratie. Si nos recherches nous ont permis de rencontrer 6 projets différents, nous n’en restons pas moins déçus car cette logique semble aller contre la volonté générale du pays. Contrairement à la Mongolie, au Népal ou à d’autres pays que nous continuons d’arpenter, l’Inde semble encline à oublier cette logique coopérative pour mieux rentrer dans la compétition internationale, même si elle doit vendre son âme au diable. Elle ne s’attache pas à défendre les opprimés ou à améliorer l’éducation et la santé d’un peuple qui prend peu à peu des allures revanchardes et considère que le monde lui appartient, avec une arrogance détestable. Elle met juste un peu de poudre au nez, comme les femmes modernes qui utilisent des crèmes blanchissantes, pour mieux oublier ses réalités. Mais quel visage aura-t-elle après quelques années ?

Après près de six mois en dix ans dans ce pays, à avoir arpenté les Etats, croisé, rencontré et échangé avec les locaux, découvert des projets fascinants et des villes en plein mouvement, ce pays est solidement attaché à nos esprits, mais nous ne serions pas prêts à y vivre. Reste à savoir dans combien de temps ses contrastes nous manqueront et nous appelleront à nouveau pour aller y découvrir de nouveaux projets !

 

Schtroumpf voyageur n°6

Le schtroumpf voyageur

Pour bien commencer la semaine, un nouveau schtroumpf! Qui a la bonne réponse? Le challenge est vraiment lancé!

Ah, une semi bonne réponse de la part de Clémentine qui est sur la bonne voie…on est effectivement en Russie comme rien ne peut l’indiquer.

Non Christophe, ce n’est pas non plus St Petersbourg…relisez les articles sur la Russie, la réponse s’y trouve!!

Bon, c’est Noël, alors on change! Si vous aviez bien reconnu la RUSSIE… pour la ville, vous avez fait chou blanc les amis. Il s’agissait de KAZAN, capitale de la République du Tatarstan, à majorité musulmane et dont la langue ressemble fort au turc. On en parle dans notre article Russie. Allez, un nouveau vous attend!

Schtroumpf voyageur n°5

Le schtroumpf voyageur

Dans quelle ville notre petit acolyte a-t-il si peur?

BRAVO Clémentine!! Il s’agit bien du Palais de la Culture de Varsovie, un magnifique exemple d’architecture soviétique offert par l’URSS à son voisin polonais.

Schtroumpf voyageur n°4

Le schtroumpf voyageur
Un Schtroumpf bouddhiste!
Bon, Christophe t’es INCROYABLE! BRAVO, il s’agit bien du temple Gandan Khiid de Ulaan Baatar. Allez, les autres ne désespérez pas, vous pouvez encore le rattraper, nous en avons plein d’autres en stock!

Schtroumpf voyageur n°3

Le schtroumpf voyageur

Alors, les voyageurs, qui trouve celle-ci en premier? (Rappel, Pays/Ville)

Il s’est agi d’une réponse de rapidité. Marjina, c’était bien joué mais Clémentine a été la plus rapide! Bravo Clem! Il s’agit bien d’un des petits lutins de Wroclaw, chouette ville polonaise.

Schtroumpf voyageur n°2

Le schtroumpf voyageur

Voici un nouveau petit bonhomme bleu un peu perdu.
Pas facile celle-là?
Un indice, ce n’est pas une route.
Bon, allez, un autre petit indice pour vous aider. Les gros moteurs ont laissé la place à des planches à voile à roues.

Bravo Christophe et merci de ton assiduité! Il s’agit bien d’une photo prise à l’aéroport de Tempelhof, le long d’une des lignes des pistes. Clem, Alex, désolés la Pologne, c’était bien tenté… mais d’autres surprises vous attendent! Le Schtroumpf 3 arrive.

Schtroumpf voyageur n°1

Le schtroumpf voyageur

Un premier schtroumpf assez facile à localiser, plus une épreuve de rapidité qu’une véritable recherche!!
N’oubliez pas, le pays ET la ville

BRAVO à Christophe qui remporte cette première étape. Russie, Moscou, la cathédrale Basile le Bienheureux
Adrien, quel dommage de s’être laissé berner par l’aspect kitch si près de la bonne réponse!

In(sou)tenable India

Inde

Quitter le syncrétisme népalais par la route pour retrouver l’Inde s’avéra une procession quasi mystique. 40 heures entassés dans un bus local, où ils n’avaient visiblement pas l’habitude de voir de touristes occidentaux, constitue une expérience réelle pour travailler ses limites, son développement personnel et ses peurs.

D’un monde à l’autre

La frontière ouvrit ses portes à Sunauli. Bloqués en frontière depuis l’aube, nous pouvons néanmoins vérifier que les klaxons restent un langage corporel automobiliste. Conduisant à gauche, les coups de klaxons précisent les positions, à la manière du morse. Un léger coup, merci ; un gros coup « attends, je passe », qui attend, parfois, un double petit coup du véhicule dépassé pour dire « oui oui, vas-y ». Un très gros coup pour prévenir dans les virages quand le véhicule double sur la voie d’en face. Bref, les virages se succèdent dans des bruissements de pneus et dans des symphonies chaotiques de cornes de brume. Ces variations linguistiques ne posent pas de problème à la frontière. Népalais et indiens parlent une langue issue du sanskrit et dont les similarités sont criantes. Pas de visa pour passer d’un côté ou de l’autre et pourtant des heures d’attente…

Nous sommes là avec nos peaux claires, nos cheveux clairs et nos habitudes européennes, si loin de cet univers de contrebandiers qui rappelle d’autres scènes moins lointaines, dans un bus Bucarest/Istanbul où tous les commerçants-exportateurs se faisaient serrer. Ici, le problème semble se poser autour de substances illicites cachées dans des outils. Ou de ces deux femmes arrivées bouddhistes et désormais habillées en musulmanes qui ont eu la bonne idée de ne pas prendre de pièce d’identité.

Face à tout cela, les mouches volent, les chiens passent, les gling-gling à vélo fusent en tout sens. Le petit vieux qui prépare des jus de citron vert frais rigole. Il a raison, c’est cocasse ce joyeux bordel. Personne ne sait quand on repartira… alors chacun monte, descend, les yeux fureteurs à l’a guet de tout indice susceptible de mieux nous informer. Mais chaque départ est avorté : un nouveau militaire monte inspecter les sacs sur le toit, les sacs dans le bus, les sacs des gens. Des personnages hauts en couleurs se succèdent et nous finissons par passer pour entrer enfin en Inde après plus de cinq heures d’attente (sauf les deux contrebandières sans pièce d’identité pour qui le voyage s’arrête là).

 

Delhi et le Rajasthan : voyage au cœur des mille et une nuits

Après plusieurs voyages en Inde (déjà le 3ème pour Stéphanie et le 2ème pour Sylvain), les Utopies Réalistes se sont penchées sur un itinéraire varié à travers le pays à la rencontre de plusieurs projets. Avant de filer vers le Rajasthan, nous prenons le temps de nous poser à Delhi. Stéphanie est malade (un mauvais chai à l’arrivée indienne) et Sylvain mal en point. Au ralenti, nous attendons quelques heures dans la rue qu’une personne de notre coworking/guesthouse nous ouvre (cela deviendrait presque une habitude dans ce voyage!). Après quelques longs moments de solitude, un des co-workers de Moonlighting vient enfin nous ouvrir pour nous installer dans une des chambres. Notre séjour à Delhi nous offre en effet l’opportunité de vivre quelques jours au sein d’un des projets que nous étudions. Espace de co-working et auberge pour les porteurs de projets à moyen et long terme, nous rencontrons plusieurs locaux impliqués dans des projets créatifs. Delhi nous offre aussi quelques jolies découvertes culturelles. Si le Red Fort et la vieille ville nous laissent un peu sceptiques, nous tombons sous le charme de la tombe du deuxième Empereur moghol Humayun, un merveilleux exemple de l’architecture du XVIème siècle, qui annonce les splendeurs du Rajasthan. Les jardins et le rouge de la pierre de sable confèrent au lieu une ambiance hors du temps. Circulant en métro ou en tuk-tuk, nous découvrons plusieurs quartiers de cette ville tentaculaire. L’Institut de l’Habitat nous offre l’occasion de visiter plusieurs expositions et de constater que la réflexion sur le logement est au cœur des problématiques locales alors que bien du travail reste à faire. Manquant d’énergie et de temps, nous ne parvenons pas à faire tous les musées et mosquées de la ville, mais découvrons quelques jolis parcs et autres enclaves agréables, tels que le quartier branché de Hauz Khas, qui invite aussi à la flânerie autour de la tombe du shah Firoz (14ème siècle), à l’époque où Delhi était composée de villages.

L’influence moghole et musulmane dans la région est prodigieuse. Le raffinement des arts d’alors atteint son apogée à Agra, où nous passons deux jours, le temps de visiter le Red Fort et le prodigieux Taj Mahal. Le fort est beaucoup moins connu mais nous a complètement envoûté avec ses couleurs chaudes, donnant sur la rivière sacrée de la Yamuna. Transformé en palais par le Shah Jahan au 16ème siècle, il renferme de nombreuses salles splendides et offre une superbe vue sur le mausolée le plus célèbre au monde. Le Shah y a fini a vie, assigné à résidence par son terrible fils, Aurangzeb, qui prit le pouvoir en 1658. Quant au Taj, on aurait pu oublier qu’il est fermé le vendredi… mais nous avons savouré une vue de coucher de soleil, parfaitement adapté pour retrouver un vieux copain, pas vu depuis belle lurette et presque par hasard ! Et le lendemain, semblant flotter dans les premières brumes matinales, l’incroyable monument nous offrait une vue irrésistible… si incroyable que Sylvain en a trébuché pour mieux se faire une jolie entorse de la cheville ! Ben oui, l’émotion…

La succession de belles images ne s’arrêtait pas là. Ayant repéré un projet à Udaipur, nous en profitions pour faire étape à Jaipur, la ville rose (ocre lui conviendrait mieux!), connue pour ses riches palais et son ambiance encore plongée dans ces siècles où régnaient les maharajas. Le City Palace ou la Hala Mawal nous permettent de mieux comprendre l’histoire mouvementée de cette ville et le pouvoir incommensurable qu’avaient ces hommes. L’architecture locale est exceptionnelle et la ville est une invitation au voyage sensoriel : couleurs, odeurs, lumières se mélangent dans une douce harmonie chaotique. Avant de quitter la chaleur écrasante de la ville, nous passons une journée à arpenter, en compagnie d’un très sympathique guide, le Amber Fort. Une nouvelle merveille, qui nous envoûte par son architecture audacieuse et ingénieuse. Les cours se succèdent, les salles d’audience privées et publiques s’entremêlent et l’on parvient très facilement à imaginer la vie d’antan, où la première épouse régnait sur la cour des autres femmes du maharaja et se prélassaient autour de grandes balançoires, perdues derrière des rideaux opaques et opulents. On quitte cette journée les yeux remplis de souvenirs, d’images d’éléphants et de dromadaires qui servent encore de moyen local de transport. La faune locale est variée d’ailleurs (souvenir d’un petit rat ayant élu domicile dans la piscine de l’hôtel…), mais notre bus, bien que très loin de ces destriers, constitua une réelle aventure. Après avoir galéré à trouver un tuk-tuk, l’hôtel finit par nous en appeler un qui nous propose un tarif prohibitif et nous amène dans un no man’s land, d’où pourrait partir le bus. Une séance kafkaïenne s’en suit. On fait le tour de la ville avec notre tuk-tuk qui ne parle pas anglais et ne sait pas où on va. Personne ne connaît le nom de notre compagnie de bus, personne ne sait d’où partent les bus. On finit par trouver (après avoir discuté avec au moins 15 personnes) quelqu’un qui nous propose d’appeler un numéro écrit sur le billet. Visiblement, le bus aurait du retard et l’idéal est de l’attendre au bureau de la compagnie… qui est à l’autre bout de la ville (Jaipur fait quand même près de 4 millions d’habitants). Une course effrénée et nous voilà au bon endroit, parés pour payer notre course le double du prix négocié et pour attendre deux heures supplémentaires sur une chaise en plastique sur le bord de la route. Mais le bus arrive et nous nous installons enfin dans nos couchettes (un lit pour nous deux, sous les feux de la climatisation glaciale.

A l’arrivée, Udaipur nous ouvre ses portes avec un air plus frais et un soleil toujours aussi radieux. La ville se prête à la promenade piétonne et les richesses culturelles locales sont suffisamment nombreuses pour nous occuper des jours durant. Malheureusement, nous n’avons que deux jours et déjà deux projets à visiter ! Les sacs posés dans une auberge sur les hauteurs de la ville et tenue par une famille extrêmement charmante, nous filons découvrir le lac Pichola et les palais somptueux de cette Venise indienne, créée par l’empire moghole au 16ème siècle. Une balade, un tuk-tuk et nous filons rencontrer l’ONG Seva Mandir qui travaille sur le soutien à la démocratie locale dans les villages. Plusieurs projets sont développés par cette association connue dans toute la ville pour ses actions auprès des femmes, des enfants (scolarisation des filles dramatique au Rajasthan et le taux d’illettrisme est le plus fort d’Inde) et des villages. La maxime de l’ONG cadre parfaitement avec les utopies réalistes : « transformer des vies à travers le développement démocratique et participatif ». Après plusieurs mails et coups de fil restés sans réponse, nous avons décidé de suivre notre méthode népalaise : se pointer directement sur place. Cela fonctionne une fois encore. Après avoir discuté avec la responsable des volontaires internationaux, nous rencontrons la responsable du projet sur le développement institutionnel des villages. Un entretien riche et dense, mais duquel nous ne rapporterons pas d’images, bloqués par la nécessité d’avoir une communication officielle. Au moment de partir, nous rencontrons notre deuxième projet de la journée. L’ONG a soutenu le développement d’une coopérative de femmes qui crée des tissus originaux et locaux. Les produits sont en vente dans un petit magasin annexe et Sadhna vend désormais à des chaines de fringues nationales (voire internationales) comme Fabindia. Des 15 femmes du début, elles sont désormais 800 impliquées et chacune a toujours son mot à dire ! Une rencontre inopinée, pleine de sens et qui nous montre combien l’impact de Seva Mandir sur le Rajasthan semble important. Histoire de fêter dignement cette journée mémorable, nous dégustons un repas mythique avec vue sur le lac, dans un cadre qui n’a rien à envier aux plus belles villes européennes, faisant face à une île splendide dominée par un palais désormais privatisé en hôtel de luxe. Une petite balade au City Palace nous précise les relations ambiguës qui existaient entre les Maharanas des différents duchés du Rajasthan. L’ensemble est une fois encore une invitation au voyage et à la rêverie. Un cours de cuisine indienne plus tard et nous quittons avec regret cette bourgade dynamique, douce et peu polluée qui nous a tant plu. L’étape Rajasthan se termine sur ces notes douces et sucrées, à l’image de la gastronomie locale moghole, pleine de saveurs sucrées-salées. En route pour le Sud…

2 semaines sur le toit du monde

Népal

Arrivée à Kathmandu

Le Népal, Kathmandu, septembre s’achève et la mousson vide ses dernières gouttes au travers de la moiteur ambiante. La capitale est grouillante et, à première vue désorganisée. Un goût de l’Inde nous emplit, flashs de notre séjour 2 ans en arrière. Mais on ne s’y trompe pas. Après avoir franchi les premiers contreforts de l’Himalaya, l’avion à plongé sèchement dans la vallée de Kathmandu. Les yeux écarquillés, nous découvrons la capitale coincée à mi-chemin entre les plaines tropicales à quelques 60m d’altitude et les plus hautes montagnes du monde parées de leurs neiges éternelles. Le panorama est impressionnant.

Un goût de l’Inde donc. Voitures, vélos, bus, piétons, rickshaw, motos, scooters, poules et vaches s’ébattent joyeusement dans des rues étroites. Le tout dans un brouillard de poussière quasi-permanent et un concert de klaxons, sonnettes et sifflets assourdissant. Pas de trottoirs ou presque, tout le monde est là sur un pied d’égalité. Étonnement, le tout se passe relativement bien du moment que l’on observe la règle simple : priorité au plus gros. Pour traverser, il vous faut donc vous insérer dans le flux ambiant où, en tant que piéton, vous disposez du minimum de crédit protection corporelle. La seule exception à cette règle reste bien sûr la vache, animal sacré, intouchable au milieu de tous.

Le pays est touristique et les sollicitations / entourloupes sont nombreuses dès notre sortie de l’aéroport. Notre taxi se fraye bientôt un chemin vers le centre et nous dépose à notre guesthouse, petit havre de paix à distance du brouhaha, dans le quartier de Paknajol.

La première découverte du quartier Thamel, enclave touristique surchargée de magasins en tous genres et de vendeurs à la sauvette est fatigante. Au sud de Thamel, nous foulons maintenant le Durban Square, concentration sur une seule place d’innombrables temples, stupas et autres statues. Une manifestation politique ajoute encore à l’effervescence ambiante. Après l’abolition de la monarchie en 2008, clôturant une décennie de guerre civile, un premier ministre a été élu et porte la lourde tâche de redresser un pays aux infrastructures exsangues. Embouteillages monstres, coupures d’électricité, pompes à essence asséchées sont le quotidien. Le régime est plutôt critiqué par les différentes personnes que nous rencontrons. La corruption semble un mal qui entrave encore profondément le pays.

 

Miser sur les coopératives pour le développement économique

Malgré les prises de contact envoyées, la fédération nationale des coopératives ne nous a pas répondu. Ce matin, nous irons donc directement sur place pour essayer de trouver un interlocuteur. Aller directement sur place peut paraître simple au premier abord mais pas au Népal. Pour commencer, l’adressage ne se fait pas avec des numéros et des rues, comme nous pouvons en avoir l’habitude. Seul le quartier est indiqué et si vous êtes chanceux, un point de repère remarquable peut s’ajouter (ex : pas loin de la poste). Après avoir acheté un plan de ville et tenté multiples recherches sur Internet, nous n’identifions toujours pas où est la fédération. On peut aussi remercier tout le staff de notre guesthouse qui se sera mis en quatre pour nous aider. On ne baisse pas les bras et entrons dans la première coopérative (elles sont nombreuses au Népal) qui nous tombe sous la main. Banco, le directeur nous indique gentiment la direction à suivre et nous ressortons avec le papier écrit en népalais. Nous arrivons donc à l’improviste et sommes reçus comme des papes, au point même que nous nous demandons s’il n’y a pas quiproquo avec d’autres personnes qui auraient été attendues. Nous voici donc en salle de réunion, thé et biscuits, tout le staff vient à notre rencontre. 3 heures de bons échanges nous laissent rêveurs. Le Népal défend et promeut officiellement (le ministère des coopérative en atteste) les coopératives comme un tiers secteur économique entre le public et le privé. Beaucoup d’efforts et d’actions sont menées en faveur du développement de coopératives et le succès semble au rendez-vous puisque le petit pays en compte pas moins de 25 000. Nous avons rendez-vous le lendemain pour qu’une personne de la fédération nous accompagne visiter une coopérative d’épargne et de crédit à Baktapur. Cette visite sera des plus enrichissantes et constitue l’un des plus beaux exemples de projet collectif que nous ayons rencontrés depuis notre départ. Une banque coopérative qui réinvestit aussi dans des projets communautaires (école, projet de centre sociale, etc). Une démarche très intégrée qui dure depuis plus de 20 ans. Pour ne rien ôter, Baktapur est aussi au patrimoine mondial de l’Unesco et son Durban Square est encore plus beau que celui de Kathmandu, les touristes en moins ! Superbe visite envoûtante au coucher du soleil !

 

La vallée du Langtang

Notre passage au Népal ne pouvait pas se limiter aux coopératives ; nous avions aussi envie de nous faire plaisir en découvrant les joies des randos en haute altitude. Le choix n’a pas été facile tant l’offre est variée mais ça y est, demain nous partons pour la vallée du Langtang. Une randonnée de 5 jours nous y attend. Avant cela, pour accéder à Syabru Besi (1200m), le point de départ de la randonnée, il nous faut vivre le calvaire. 10 heures dans un bus local. On y rentrerait plus une poule tellement il est surchargé (le toit du bus est inclus dans l’espace disponible). Le tout se passe à flanc de colline sur des routes hasardeuses régulièrement emportées par des glissements de terrain. Entre falaise et à pics vertigineux, les genoux dans le menton et une bonne pop indienne à fond dans les oreilles, on avance. Cerise sur le gâteau de cette merveilleuse journée d’anniversaire pour Stéphanie, on changera deux fois de bus (décharger et recharger les 150 personnes et leurs bagages) car la route, par deux fois en cette fin de mousson, a été emportée et aucun véhicule ne peut plus passer. Lot de consolation : une bougie dans un pudding au chocolat et un mars !

 

Un salut au plus hautes montagnes du monde

Lever tôt pour profiter d’un démarrage aux heures encore fraîches, accompagnés par Yadav, notre guide, et délestés de tout ce que nous avons pu laisser dans l’auberge de Kathmandu, nous reprenons le rythme de la marche. Le chemin, relativement plat, serpente dans une végétation abondante de part et d’autre des eaux glacières qui s’écoulent en gros bouillons. Un repas en route dans l’une des nombreuses auberges qui ponctuent la route et après 6 heures de marche, nous sommes rendus à Lama Hotel (2200m), un petit groupe de guesthouse en bois à flanc de montagne. Notre régime alimentaire ne changera pas beaucoup durant tout le trek, du Dal Bath (version népalaise du Thali, un plateau avec du Dal, du riz, des pickels et un nan) ou des momos (chaussons à la vapeur ou frits aux légumes, à la viande ou même au Snickers pour le petit déj’!) à tous les repas ! La deuxième journée grimpe autant, 1200m de dénivelés positifs et 6 heures de marche nous amènent à Langtang Village. A 3400m d’altitude, la végétation vient seulement de se raréfier un peu, presque plus d’arbres et des herbes drues. Nous arrivons vers 15h et cela nous laisse le temps d’aller rencontrer la coopérative du village. Un beau projet de plus dans notre escarcelle. Cette coopérative composée de tous les villageois fournit l’hydroélectricité à tout le village et fabrique également du pain et du fromage de lait de Yak (toutes les informations sur ce projet seront, bien entendu disponibles dans un article à venir). Nous dégustons un thé et une part de apple pie avec le responsable de la coopérative avant d’aller nous installer dans notre hôtel. Vue imprenable sur la vallée mais sommeil difficile en raison de l’altitude.

Le troisième jour sera intense. Le programme fixé est un lever aux première lueurs de l’aube (5h30) pour grimper à Kyangin Gompa, le fond de la vallée à 3900m, avant d’attaquer le Kyangin Ri. Après 2 heures au milieu des yaks et littéralement dominés par des sommets incroyables (dont le Langtang I et ses 7220m) nous faisons une courte pause à Kyangin Gompa. Les nuages du matin se sont dissipés avec le soleil. La vue est à couper le souffle. A ce propos, les premières foulées vers le sommet nous font sentir que nous sommes bien hauts. Chaque pas devient pénible, le souffle est court. Nous atteignons les nombreux drapeaux à prière bouddhiste qui marquent les 4330m du Kyangin Ri vers 10h. Des nuages montent de la vallée et nous coiffent en passant à toute allure. Kyangin Gompa est maintenant une petite fourmilière à nos pieds tandis que les neiges éternelles des Himalayas nous dominent. Notre petitesse au milieu de cette immensité verticale et vertigineuse donne le tournis. De là où nous sommes, une arrête qui semble à la portée d’un débutant peut nous amener au second sommet à 4770m. Nous sommes attirés autant par le défi que par la beauté des lieux. Nous reprenons donc la marche après une bonne pause. Mais la montagne nous rappelle vite à elle. Accentué encore par l’altitude croissante, par les à pics vertigineux et par les nuages qui s’enroulent à toute vitesse autour de nous, nous commençons sérieusement à perdre notre équilibre et notre souffle. Le sommet semble pourtant à un jet de pierre, le GPS indique 4700m, la prudence s’impose, nous faisons demi-tour. Après une bonne heure de descente rapide, nous sommes de retour à Kyangin Gompa. Un bon mal de crâne qui passera vite et un bon Dal Bath pour reprendre des forces, nous sommes tout étourdis de ce que nous venons de vivre. Il restera encore 2 heures de marche pour retourner à Langtang où nous avons laissé nos sacs. Grosse journée !!

Notre guide, apparemment confiant en nos capacités physiques, nous propose de gagner une journée sur le retour. 2200mètres de dénivelé à descendre en une seule journée (le lendemain de cette grosse journée de montée)… ça nous arrange bien de gagner une journée car notre programme à Kathmandu s’annonce chargé en visites à notre retour…mais la proposition sera dure à honorer ! Près de 9 heures de marche en mode robot (un pied devant l’autre…), les douleurs se noient dans la fatigue ou l’inverse. On arrive enfin à Syabru Besi, quelques poignées de minutes avant que les dernières lueurs du jour ne disparaissent. La bonne surprise, c’est que notre guide nous dégote quelques places pas chères dans un 4×4 qui devait repartir à vide le lendemain…ouf on ne se refait pas l’épisode du bus atroce !!

 

Retour sur terre

Rejoindre la capitale après ce périple dans un autre monde est très étrange. Thamel nous hérisse toujours autant, même si nous y trouvons quelques souvenirs issus de coopératives (de tissage de yak ou d’objets en papier mâché travaillés par des femmes issues de villages reculés). Nous découvrons quelques autres recoins de cette capitale envoûtante. Outre le joli Garden of Dreams, qui nous replonge dans la douceur des espaces verts, loin du tumulte de Kathmandu, nous arpentons les temples de Bodnath et de Swayambhunath  : Bodnath et son ambiance tibétaine, dont la grande stupa blanche nous toise de son regard infini si connu… Swayambhunath et ses singes, sa grande stupa blanche et sa vue sur la ville nous offre un dernier point de vue sur cette capitale attachante. Ces deux temples possèdent une atmosphère de quiétude incomparable. Il règne d’ailleurs dans les temples népalais un certain syncrétisme, que l’on ne retrouve nulle part ailleurs. Le mélange entre bouddhisme et hindouisme est omniprésent et constitue sans doute l’un des points essentiels de l’identité népalaise.

Ce retour à Kathmandu nous offre également l’occasion de faire notre premier échange en direct avec les jeunes collégiens de Lens. Plein de questions en vrac qui donneront lieu par la suite à un petit film pour leur répondre. Après un passage sur Allo la Planète, nous sommes allés découvrir un dernier projet, aux bordures de la ville. La fondation Kevin Rohan Memorial vise à insérer les populations locales en difficultés en leur permettant de s’investir dans un projet de ferme écologique. Le projet est un projet pilote qui attire des volontaires du monde entier. Agriculture écologique, habitat salubre à moindre cout, formations à la prise de pouvoir et à l’auto-suffisance, construction d’écoles ou de dispensaire. Nous n’y passons malheureusement qu’un début de soirée, dans une ambiance fascinante avec des voyageurs indiens partis autour du monde en Royal Enfield.

Deux semaines s’écoulent déjà dans ce pays qui nous aura marqué par ses extrêmes (climatiques, économiques, géologiques, géographiques). Une réflexion nous a également beaucoup travaillé : la place du tourisme dans l’économie est prépondérante et déséquilibre profondément les relations entre les locaux. Les chiffres sont éloquents : le tourisme génère près de 335 millions de dollars chaque année et les dépenses de chaque touriste permettraient à 10 ou 11 népalais de vivre une année. Face à cette relation de dépendance, les chantiers sont nombreux: les routes sont inexistantes, le taux d’alphabétisation parmi les plus bas au monde et l’accès aux soins difficile (notre trousse de médocs aura servi plus d’une fois à apaiser des maux des locaux). Bref, le Népal a besoin de trouver un nouveau modèle économique et la place laissée aux coopératives pourra être un facteur intéressant à suivre. Nous espérons suivre cela de près et rester en contact avec ces acteurs et ces projets que nous avons rencontrés.

Une autre étape s’offre à nous, pas moins chargée en projets : l’Inde. Départ en bus pour Delhi le 6 octobre… suite au prochain épisode !

 

 

La Chine d’ouest en est

Chine

Xian entre patrimoine et actualité

Nous partons découvrir la cité des soldats de terre cuite avec un chouette train de nuit, broderies des lits aux fenêtres ! Une nuit, ça devient vraiment trop facile ! Un bus depuis la gare pour atterrir dans notre superbe auberge, où le décor raffiné chinois est vivace… même dans notre dortoir.

Le temps d’une balade dans un temple taoïste (découverte, mais finalement assez similaire à un temple bouddhiste avec quelques traditions supplémentaires), nous apprécions les multiples influences présentes dans la ville. Balade toute en couleurs et en lumières qui nous mène à la jolie grande mosquée dont le minaret principal n’est autre qu’une pagode ! L’art des influences se mêle dans un décorum splendide. La ville est agréable malgré ses 4,5 millions d’habitants. Son vieux centre est très bien préservé derrière ses murs d’enceinte. Marquée par la route de la soie et par l’histoire de l’Empire, Xian offre beaucoup aux visiteurs. La vue que nous avons depuis la Tour de l’horloge confirme la prestance que pouvait avoir la ville jusqu’au Xème siècle, avant que la capitale ne soit transférée plus à l’Est. Ce beau métissage se retrouve également dans ses spécialités culinaires. Nous goûtons au hot pot (spécialité du Sichuan, sorte de fondue bourguignonne qui permet de plonger ses brochettes de légumes et de viande dans un bouillon doux ou épicé) ou au délicieux beef paomo (sorte de soupe mêlant légumes, pains et viande – habituellement au mouton, mais tellement meilleur au bœuf !) dans le quartier musulman qui recèle de délicieux mets.

Nous en profitons évidemment pour faire une excursion sur le site de l’Armée de terre cuite. Visite organisée avec un guide… une idée pour éviter de courir derrière les bus publics. Rare de notre part et décidément totalement en décalage avec notre manière de voyager ! On commence directement par un petit tour imposé dans l’authentique fabrique de souvenirs. Cela nous permet de tout comprendre sur la fabrication des soldats miniatures en terre cuite…passionnant! Ils ont tout compris du modèle Ikéa, pour sortir vous êtes obligés de vous farcir 1km d’étalages de vente. Enfin sur le site de la vraie armée (pas celle des miniatures), le guide sera intéressant à au moins à un égard : il nous prêche la parole du Parti et ne parle qu’à travers la voie impénétrable de sa nation. Bilan : après nous avoir listé 3 ou 4 fois les différences sommités qui sont venues rendre visite à cette armée figée pour l’éternité, il ne nous accompagne pas dans les ‘Pits’ (halls protégeant les sites archéologiques) et le Lonely Planet s’avère de bien meilleure aide pour comprendre l’histoire du site ! L’armée est impressionnante et mérite vraiment le détour. Dire que nous ne voyons que quelques milliers de guerriers alors que le tombeau de l’empereur serait protégé par des centaines de milliers. Mais vous ne verrez pas la dernière demeure de Qin Shi Huang… enfin, vous verrez la colline où il serait enterré mais protégé par des quantités astronomiques de mercure ! Personne ne sait réellement pourquoi il avait souhaité un tel tombeau… si ce n’est une certaine mégalomanie. Mais inutile de demander pourquoi à notre guide, c’est une question qu’il ne comprend pas… Sa compagnie nous a été d’autant plus difficile à accepter qu’explosaient alors les premières grosses manifestations anti-japonaises, valorisant à l’extrême son sens de la patrie.

 

Les manifestations anti-japonaises

Ces manifestations ont eu un fort impact sur Xian. La presse française a fait grand cas de Beijing (où nous étions et où nous savons que peu de choses se sont passées) ou de Shangaï… mais personne n’a parlé de la vieille capitale chinoise. Rappelons brièvement de quoi il s’agit. La Chine et le Japon semblent en désaccord depuis plusieurs siècles sur l’appartenance des îles Diaoyou (nom chinois) ou Senkaku (nom japonais). Une famille japonaise en est propriétaire et l’Etat japonais en est l’administrateur depuis 1895. Régulièrement depuis 1971, la Chine, qui revendique ces îles, crie au scandale et brûle les drapeaux nippons. Lors de notre visite en Chine, le dernier sursaut revendicatif avait lieu, suscité par le fait que l’Etat japonais souhaitait racheter les îles à la famille. Des stands improvisés se mettent à vendre des drapeaux chinois un peu partout et la plupart des enseignes japonaises (restaurants, électronique, etc) sont sinon incendiées, au moins massacrées. Nous partageons tous les deux un grand doute sur la soudaine montée de ferveur de la population. La Chine prépare en cet automne 2012 le remplacement de Hu Jin Tao et le gouvernement doit être totalement modifié. Raison principale à la fermeture du Tibet à tout étranger… et possible alibi pour mieux alimenter les foules à se focaliser sur l’ennemi de toujours.

En tout état de cause, nous nous retrouvons là-dedans à la sortie d’une journée purement touristique. La violence et la folie de certains nous effraient. Le sentiment que tout pourrait basculer en très peu de temps est palpable et l’impression que les foules sont manipulées perceptible. D’ailleurs, le premier jour, la masse était laissée à elle-même, aucun policier dans les rues. Le lendemain cependant, toutes les patrouilles de CRS et de flics étaient de sortie. Ces premières réactions ne semblent être nées qu’à partir du moment où l’Etat a senti que les choses pouvaient lui échapper. Nous quittons Xian sur ce climat étrange. La vieille ville est fermée, remparts bouclés, l’accès impossible, les transports en commun déviés. Prévoyants, nous partons avec plusieurs heures d’avance pour la gare avec un tuk-tuk (comme un auto-rickshaw pour ceux qui connaissent). Non sans mal, nous nous frayons un chemin entre les foules… jusqu’à être coincés entre les deux fronts de la manifestation. Heureusement que nous n’avons pas les yeux bridés !

 

Chengdu et les exilés tibétains

Sur ce climat incertain, nous prenons un nouveau train de nuit. Nous avions prévu tous nos billets de train longtemps à l’avance, ce qui nous a permis de profiter des chemins de fer chinois sur la totalité de notre circuit.

Nous traversons plusieurs milliers de kilomètres pour atteindre le Sichuan et arrivons à Chengdu sous le soleil. Fait suffisamment rare pour être souligné, car la ville a la réputation d’être la ville la plus grise de Chine. Notre escale a un but précis : rencontrer notre seul projet de Chine, autour du tourisme durable et du commerce équitable, mené par Global Nomad. Avant de rencontrer l’équipe, nous prenons nos appartements dans une très agréable auberge de jeunesse et allons nous promener dans un magnifique temple bouddhiste, le Wenshu Temple. Une escale délicieuse, toute en verdure et en sérénité, dédié à la sagesse. Nous le quittons conquis pour faire un tour rapide dans la ville et découvrir la grande statue de Mao. Saisissant ! Tout autant que le spectacle, certes touristique, mais bien sympathique, auquel nous assistons au Jinjiāng Theatre. Mélange de styles, alternant comique, cirque, danses et musique, ce show nous permet de rentrer un peu plus dans les mystères de la Chine.

Le lendemain, nous rencontrons enfin Carol avec qui nous avions déjà largement correspondu. Nous assistons alors à une journée de formation sur le label Global Nomad et ses valeurs. L’ensemble des participants sont des ressortissants des différentes communautés tibétaines, issus des provinces du Sichuan et du Quinghai (où sont désormais les provinces historiques tibétaines du Kham, de l’U-Tsang et Amdo) et quelques-uns de la République Autonome du Tibet, officiellement fermée à tout étranger depuis quelques semaines.

La première journée nous permet de nous familiariser un peu mieux avec les spécificités de la culture tibétaine : les régions, l’histoire, les communautés ou encore les nomades. Nous y rencontrons quelques personnes passionnantes. Zhang Junzuo qui travaille pour Winrock, une fondation américaine qui soutient des projets de démocratisation (empowerment pour les habitués) des communautés tibétaines et sur l’amélioration de leurs conditions de vie. Parmi les tibétains, certains sont curieux de notre projet et nous posent de multiples questions pleines de sens. Nous prenons également de longs moments d’échanges avec Carol et Catherine, formatrices françaises, salariées et créatrices avec Marion (que nous n’aurons pas la chance de rencontrer cette fois-ci) de Global Nomad. Installées depuis plus de 10 ans en Chine, Carol développe cette nouvelle partie dédiée au commerce équitable, tandis que Catherine fait un travail de terrain auprès des partenaires locaux et internationaux pour le développement touristique local (fiches projet à venir sur le site). La journée est riche en échanges et Carol nous propose de venir présenter le lendemain notre plate-forme http://projets.utopie-realiste.org et l’expérience des projets de coopérative de yaks et de commerce équitable développés en Mongolie. Les similarités culturelles entre le deux communautés sont nombreuses et les passerelles à créer mériteraient sans doute de rechercher bailleurs et chercheurs intéressés. Les échanges sont forts et nous découvrons également les produits de commerce équitable qui viendront nourrir le catalogue de Global Nomad.

La tristesse et l’abnégation de ces peuples tibétains nous a beaucoup touchés. Des échanges forts se sont noués avec certains, qui ne cachent pas leurs larmes lorsque nous partons. Quand on leur dit de tenir bon, de résister, ils baissent les épaules et rappellent qu’ils ne peuvent pas circuler librement entre chacune des provinces qui sont les leurs. Soutenir les provinces tibétaines, c’est mieux comprendre qu’il existe plusieurs Tibets, que chacun recèle de multiples facettes. C’est aussi constater combien il est difficile pour eux de se rencontrer et à ce titre là cette formation a été une immense réussite. Eux, qui ne se connaissent pas, qui ne se comprennent pas (tous ne parlent pas les mêmes dialectes, tous ne parlent pas mandarin) ont eu l’espace d’une semaine un lieu de parole libre, où ils ont pu rêver qu’ils défendaient leur existence, leur culture. A ce titre-là notamment, nous soutiendrons avec ferveur ce joli projet de commerce équitable, qui donne la place à chacun de ces artisans, d’exister et de continuer à faire vivre cette culture qui est la sienne. Dès que le catalogue sortira, nous vous en informerons ! Global Nomad nous a permis de rencontrer de belles personnes et de mieux approcher une culture en danger.

Nous partons émus découvrir encore quelques charmes de Chengdu, histoire de mieux digérer tout cela. Nous arpentons ainsi le People’s Park, où les chinois aiment se retrouver pour faire une séance de karaoké ou de taï chi. Le karaoké en extérieur en individuel devant sa TV revêt un caractère tout à fait surprenant. Cela ressemble un peu à un film de série Z où le héros tente coûte que coûte de se prouver qu’il aurait pu être une star de la pop et hurle à tout-va un truc hyper faux alors que les oiseaux essaient de trouver un peu de quiétude ! Bref, moment savoureux. Beaucoup moins esthétique et reposant qu’une délicieuse tasse de thé dans une des merveilleuses tea houses de la ville, mais tout cela concourt au charme du lieu !

Le lendemain, nous filons prendre notre train pour Kunming, dernière étape chinoise… mais avant cela, nous ne pouvions pas partir sans faire un petit coucou aux pandas géants et pandas rouges qui sont maintenus dans une réserve. Un grand moment de découvrir ce gros nounours manger ses branches de bambous et s’endormir, épuisé, après tant d’efforts. Et encore, on a pu le voir dehors… figurez-vous que quand il fait trop chaud, ils les mettent dans une salle avec clim ! VERIDIQUE. Le panda ou l’antithèse du darwinisme selon Sylvain.

Kunming ou la douceur du Yunnan

Un dernier petit train de nuit chinois, où nous discutons tant que faire se peut avec une chouette famille. Le guide de conversation a été des plus utiles ! Pas mécontents de quitter ces trains bruyants finalement ! Le transsibérien est définitivement le plus confortable. Les chinois éteignent la lumière à 21h (pas évident de prendre le rythme!) et se lèvent à 5h pour mettre la TV (oui, la TV dans le train) à fond et jouer avec leurs téléphones portables. Ajoutez à cela qu’ils ne changent pas les draps entre les différents passagers qui dorment en couchette. HARRASSANT. Enfin, par dessus cela s’ajoutent les borborygmes naturels les plus élégants sans oublier celui-là qui déguste bruyamment sa patte de poulet (oui vous avez bien lu). Bref, un réveil en train de nuit chinois est un vrai poème…

Kunming offre une densité bien moindre et un rythme de vie très agréable. Nous n’avons malheureusement que peu de temps pour profiter de cette étape qui n’était pas prévue et qui nous sert surtout à prendre un avion moins cher pour rejoindre le Népal (rendu inaccessible par les terres alors que l’accès en République autonome du Tibet est clos). Le parc du Lac vert est très agréable et l’on s’y prélasse, tout en discutant avec de nombreux passants curieux. Pas le temps de faire grand chose, mais l’ambiance est légère et les tea houses nous permettent de mieux comprendre l’art du thé. La Chine nous offre encore une image de démesure en découvrant une mosquée aux allures de casino de Las Vegas et un des plus modernes aéroports au monde… fini la semaine avant notre vol, conçu pour accueillir des milliers de passagers, alors que nous ne sommes finalement que quelques dizaines.

Nous repartons conquis par ce séjour chinois. Pas sur l’aspect projets évidemment (même si nous avons fait de belles rencontres), mais sur l’aspect culturel. La calligraphie mêlée à l’art du thé avec une gastronomie époustouflante, ca donne forcément envie de revenir profiter. Et nous n’avons que trop peu vu le Sichuan et le Yunnan. Un deuxième voyage dans un pays est toujours le meilleur moyen d’apprécier et de mieux se l’approprier. Ceci fait, l’idée de revenir avec quelques balbutiements de mandarin ne nous semble pas si saugrenue ! Xie Xie !

 

Délicieuses bouchées chinoises !

Chine

Nous quittions donc la Mongolie le cœur serré et quelque peu inquiets à l’idée de revenir en Chine, que nous n’avions visiblement pas appréciée à sa juste valeur en 2008.

Le train entre Ulaanbaatar et la frontière chinoise (Erlian) était plutôt agréable et l’un de nos affables co-passagers a même pu nous arranger les choses avec un taxi pour rejoindre Beijing depuis Erlian. Aussitôt descendus, nous étions donc pris en charge pour un tarif ultra compétitif, loin des sollicitations multiples des rabatteurs locaux. 10 heures de bus après un train de nuit à traverser le désert chinois, c’est une sacrée expérience. Urbanistiquement parlant aussi. On n’a pas souvent la chance de découvrir des villes encore inhabitées qui sont prêtes à accueillir quelques millions de personnes d’ici quelques années. Des villes fantômes où les avenues sont déjà des deux fois quatre voies et où les immeubles font quelques 20 étages. Nous n’avons jamais visité Abu dhabi, mais nous avions l’impression d’avoir pris un vol sec pour cette destination. Le contraste était d’autant plus frappant après l’immensité des steppes mongoles.

 

Beijing : une capitale moderne au charme désuet

Tout est multiplié en Chine. L’homme est rappelé à son existence de fourmi et se sent pris dans une masse impalpable, impénétrable. L’arrivée sur Beijing par la route nous confirme cette impression. Les périphériques se succèdent, les lumières et les néons nous envoûtent et nous renvoient aux musiques de Lost in Translation. Fraîchement débarqués dans la capitale, nous sommes gentiment priés de descendre au milieu de nulle part en pleine nuit… Paumés et un peu déconnectés, nous n’avions pas compté sur l’extrême gentillesse des locaux, qui nous aident à héler un taxi et à expliquer notre route. Ben oui, un vendredi soir à Beijing, y’a plus de taxi, personne ne parle ou ne lit l’anglais, du coup, on a gardé précieusement ce petit couple qui était prêt à remettre son dîner aux chandelles pour nous aider. La frénésie s’estompe alors peu à peu pour nous laisser découvrir le cœur de Beijing : ses hutong, de vieilles ruelles traditionnelles (qui rappellent l’ambiance des films chinois et notamment d’In the Mood for Love) sont un havre de paix où circulent essentiellement vélos et cyclos électriques.

L’étape pékinoise n’aura pas la chance de nous offrir un quelconque projet, aussi sommes-nous clairement résolus à profiter des charmes touristiques de la grande ville et des alentours. Nous nous accordons ainsi une petite semaine de break. Plusieurs immanquables : la Cité Interdite et ses magnifiques palais ; la place Tiananmen, dominée par le portrait géant de Mao et par le plus grand musée du monde, le musée national de Chine ; les balades dans les parcs Beihai et sur l’île de Jade pour admirer l’un des rares monuments bouddhistes à Pékin ou encore le Parc du Temple du Ciel, où l’empereur venait prier pour attendre de meilleures moissons. Nous en profitons également pour faire un aller-retour sur la Grande Muraille de Chine et découvrir ce merveilleux monument. Les créneaux se fondent dans un paysage brumeux, si typique de ce pays mystérieux. La beauté de l’oeuvre est fascinante… et les foules se pressent surtout sur quelques mètres. Nous avons eu la chance d’arriver à l’envers et cela nous donne l’envie de revenir et d’aller faire des randos dans des coins plus abandonnés de la muraille…

La ville recèle de traces de l’histoire et de la puissance des dynasties Ming et Qing. La nouvelle architecture n’est pas en reste. Si nous n’avons pas pu visiter l’ensemble des bâtiments construits pour les JO de 2008, nous avons quand même pris le temps d’aller voir la tour que Rem Koolhaas a élaboré pour la CCTV ou le Grand théâtre national, qui allie titane et verre. Traditions et modernité se conjuguent plutôt bien dans cette immense ville. Un petit passage au Musée de la planification de la municipalité de Beijing nous permet d’ailleurs d’avoir une belle vue d’ensemble. Un musée fascinant de patriotisme et dépourvu de tout esprit critique, mais qui offre une très bonne vue sur les paris que la Chine s’est fixé en termes de réduction d’énergie.

Les hutong sont malmenées (on en comptait 6000 en 1950 pour 2000 aujourd’hui), mais des quartiers entiers résistent aux grues. Certains n’hésitent d’ailleurs pas à écrire cela sur les murs. La pratique de l’espace public a d’ailleurs été une réelle surprise de notre voyage chinois. Nous avions découvert les séances de taï chi et la pratique des agrès disséminés en ville pour tous les âges lors de notre séjour cantonnais, mais Beijing nous a offert de grands moments de spontanéité dans les espaces publics, tels qu’on en a rarement vu en Europe ! Imaginez-vous sur les Champs Elysées. Une musique très appréciée par la gente féminine. Une commence à danser. Accourent 50 autres filles de tous âges… et les voilà toutes en train de danser sur la même chorégraphie ! 3 minutes plus tard, chacune repartait à son shopping ! Fascinant ! Le soir, des contests de break-dance font bon voisinage avec des cours de danse folklorique ou de valse. Les âges et les styles se mélangent dans une harmonie singulière.

La visite de Beijing passe aussi par la découverte culinaire. Après les repas peu originaux de Mongolie, nous découvrons des assiettes aux mille couleurs, où les saveurs se mélangent. Aigre-doux, sucré-salé, chaud-froid sont autant de plaisirs pour les palais. L’étape obligée du canard laqué nous a littéralement enchantée et l’ensemble des mets que nous avons goûté nous a laissé un souvenir étonnant. Une réelle surprise néanmoins : dans la culture chinoise, il n’est pas correct de finir son assiette. A ce titre, les familles qui vont au restaurant commandent des quantités incroyables… qu’elles ne mangent qu’à moitié. Cela signifie que le repas était bon et qu’aucun des convives n’aura manqué!

La capitale nous offre également le loisir de rencontrer un jeune couple de chinois, qui souhaite partir s’installer au Québec. L’occasion pour nous de mieux découvrir de l’intérieur la société chinoise et pour eux de mieux approfondir leur pratique du français. Couchsurfing est décidément une bien belle opportunité de rencontres lorsque nous n’avons pas de projets ! Deux nuits dans un bloc tout neuf, à quelques dizaines de kilomètres de l’archi-centre. Un métro pas très loin et une envie démentielle d’apprendre à maîtriser la langue de Molière. A raison de 10h de cours par semaine depuis février, ils comprennent un peu notre projet et nous un peu mieux certaines aspirations de la jeunesse chinoise.

Nous quittons Beijing avec la ferme intention d’y revenir bientôt. La ville est belle, l’ambiance agréable, les gens sympathiques et tant de choses restent à y visiter ! Un dernier passage dans le métro ultra-moderne, pimpant et ultra-sécurisé (des portes comme à l’aéroport pour vérifier que nous ne transportions pas de bombe) et nous filons vers la gare pour embarquer pour Xian. Le mot est juste car les salles d’attente des gares sont semblables à celles des aéroports et nous ne pouvons aller sur les quais tant que la porte n’a pas été ouverte…